Depuis quelques années, Bollywood fait sa crise d'ado. S'affranchissant des carcans de l'Inde traditionnelle, l'industrie cinématographique indienne renvoie l'image d'une Inde moderne, celle d'un pays où l'amour est libre et débridé, où la femme est en petite tenue, où les castes cohabitent, où l'on viole les valeurs morales et religieuses… Bref, Bollywood se lâche, s'occidentalise et se perd…
Les producteurs et les metteurs en scène de Bollywood sont dans le collimateur de la communauté chrétienne. Ayant constaté que dénigrer les chrétiens plaisait, les mépriser faisait de l'audience, et les offenser était carrément bon pour le business, l'industrie du film indienne propose actuellement à l'écran l'actrice-mannequin Kavitta Verma à demi nue avec un chapelet autour du cou dans le film "Policegiri", le crucifix descendant jusque sur le ventre. Ou encore un énième film sur Jésus, "Pithavinum Puthranum" (Au nom du Père et du Fils), présentant son histoire comme celle d’un homme ordinaire, niant ainsi sa divinité.
Comme l'a indiqué le 15 juin à l’agence "Fides" l’ONG indienne "Catholic Secular Forum" (CSF), ce n’est pas la première fois que des producteurs et metteurs en scène de Bollywood "jouent avec les sentiments religieux des chrétiens".
"Cet usage abusif de symboles religieux chrétiens est proprement inacceptable, étant entendu que le chapelet est un objet sacré pour les catholiques", a déclaré Joseph Dias, responsable du CSF. Les chrétiens ont expressément demandé que les organismes de contrôle et le gouvernement interviennent pour supprimer les scènes offensantes du film.
D'autres ont demandé l'interdiction de diffusion de Pithavinum Puthranum". L'oeuvre, tournée en langue malayam, la langue de l’Etat du Kerala raconte une histoire d’amour et de passion à l’intérieur d’un couvent féminin… Charmant !
Le Conseil pour la Censure, organisme qui analyse et contrôle les films en Inde avant leur diffusion, a ainsi momentanément donné raison aux chrétiens en refusant d'émettre l’autorisation nécessaire. T. Madhukumar, membre du Conseil en question, a admis que malgré les coupes déjà effectuées, "le film viole encore un certain nombre de normes légales en vigueur" touchant la préservation des valeurs morales, culturelles et religieuses.
Il faut savoir que Bollywood est le nom donné à l'industrie cinématographique indienne basée à Mumbai (anciennement Bombay). Le terme même de « Bollywood » est un mot-valise combinant « Bombay » et « Hollywood », désignant un genre cinématographique en langue hindi.
Cette affaire est révélatrice d'un fléau gangrenant pour ce pays en pleine émergence.
L'Inde est contaminée par de graves luttes communautaires, notamment celles opposant les hindous, avec les musulmans et les chrétiens. L'Inde compte actuellement 80% d'hindous, 15% de musulmans et 2.5% de chrétiens. Cette diversité va à l'encontre des aspirations nationalistes de partis politiques indiens. Le nationalisme hindou prône la suprématie des hindous sur les autres peuples, en vertu d'une civilisation plus ancienne qui eut ensuite à subir l'envahissement musulman. Les musulmans ne sont pas les seules cibles de l'extrémisme hindou, la minorité chrétienne souffre elle aussi de persécutions depuis l'arrivée des nationalistes au pouvoir.
Bref, un climat tendu qui ne tend pas vers l'amélioration, notamment à cause du grand écran bollywoodien...
AL/Fides

