La Tricoterie, une Fabrique de liens sociaux…


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La Tricoterie, une Fabrique de liens sociaux…
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
3 min

Rue Théodore Verhaegen, dans le bas de Saint-Gilles, un nouvel espace, dédié à l'évènementiel responsable, à la culture et aux activités citoyennes, a été inauguré en mars dernier. La Tricoterie, une fabrique de liens, où l'on tricote sur 1200 m2 de la bonne maille durable…

Des petits pots d'herbes aromatiques et du mobilier recyclé. Un plateau d'oranges bio débordant sur une desserte style manufacture. Des amateurs d'écogastronomie errant encore endormis, attirés par l'odeur des croissants chauds. On est dimanche matin et à la Tricoterie, ça sent comme à la maison. Successivement fabrique de pâtes alimentaires, puis de canapés, ce vaste bâtiment industriel a 100 ans. Des enfants courent à travers les tables de bois grossier, heurtent des vélos aux couleurs vives et slaloment entre des cagettes tamponnées de labels bio... Des couples aux cheveux blanchis par l'âge se tiennent la main, insouciants. "Passer l'amour à la machine". La chanson de Souchon raisonne, de circonstance. On flâne, on rigole et les premières cigarettes de la journée se consument.

Tricoter des liens

"Nous avons baptisé ce lieu la Tricoterie, même si on n'y faisait pas de tricots, car la métaphore de la maille est très forte", explique Xavier Campion, l'un des fondateurs. Les cheveux en bataille, il se frotte les yeux, accaparé de tous les côtés. Acteur de formation, c'est corps et âme qu'il s'est engagé dans ce beau projet. "Dans un an, j'espère que la Tricoterie aura autant d'engouement que maintenant mais qu'elle sera mieux organisée. Nous sommes complètement noyés pour le moment!", révèle-t-il. Autour de lui, les "tricoteurs" en marinière transpirent. La machine à café est en panne et la clientèle nombreuse. Les bras s'accoudent au comptoir, ça soupire, ça parle fort, ça vit. C'est l'heure du brunch. Malgré tout, la lueur est là dans tous les yeux de ces Bobos en rayure. Un bonheur impossible à cacher. Car ils ont réalisé un rêve fou… "Lutter contre le détricotage des liens sociaux, faire rencontrer l'Un avec l'Autre, fabriquer des liens sociaux", résume Xavier, "c'est véritablement le centre de notre projet".

Notre? Une bande de copains, Xavier Campion, Joëlle Yana, Thomas Delvaux… Ils sont huit tricoteurs fondateurs, en tout. "On voulait au départ créer un endroit avec des ateliers intergénérationnels. Et puis, l'idée a fait son chemin. Il y a trois ans, nous sommes tombés sous le charme de cette manufacture. Elle était idéale pour tout ce que l'on voulait mettre en place, c'est à dire des initiatives culturelles, citoyennes et évènementielles".

Retrouver du sens

Il est 11h. Artichauts, courges, fèves, céleris, poireaux, asperges… Le marché bio de la Tricoterie attire badauds et familles en goguette. On pèse le tout sur de vieilles balances, on marchande. Les prix sont plus élevés qu'au marché du midi à deux pas d'ici. Mais, là, c'est du bio et du local. De quoi donner du sens aux assiettes dominicales...

Dès le départ, les tricoteurs voulaient fonder leur entreprise sur certaines valeurs comme l'alimentation durable, la convivialité, le partage d'émotions et d'idées..."Dans ce monde qui ne va pas très bien, où l'on a constaté les dérives d'un ultralibéralisme forcené, on ne veut pas être juste un brunch, juste un marché, mais également un lieu de réflexion et de partage. Voir des gens heureux autour de nos tables, c'est ce qui nous anime nous les tricoteurs".

C'est beau, c'est bio, et peut-être même viable… Car avec un système d'économie en vases communicants où des activités plus rentables permettent la réalisation d'activités culturelles et citoyennes, l'asbl non subventionnée a du potentiel.

"La Tricoterie est un lieu où l'on rentre pour acheter une salade bio au marché, et puis en flânant dans la Fabrique, on se rend compte qu'il y a un brunch et un vide-dressing. Au moment de repartir, on découvre plus loin un marché d'artisans. On reste et on prolonge car entre temps, l'affiche du concert du soir nous a fait de l'oeil. Pourquoi pas, c'est dans 3h. On apprend au même moment qu'un atelier de théâtre vient d'ouvrir pour les enfants… Voilà! Mixer des publics et des secteurs différents, c'est ça la Tricoterie", conclut Xavier.

Anne LECONTE

Catégorie : Belgique

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