Durant quelques semaines encore, le Musée des Beaux-Arts de Tournai invite le public à s'émerveiller devant la beauté naturelle transposée dans l'art. Monet, Renoir, Van Gogh, Seurat ou le Greco y sont autant de guides sur le chemin de la contemplation.
Un hippopotame ailé survolant un parterre de tournesols solaires, et vous voici transporté dès les premiers mètres de votre parcours dans l'univers allégorique suscité par le titre de l'exposition. Au centre de l'atrium, une petite sculpture d'Apollon est placée sous un œuf d'autruche, dans une scénographie inspirée d'un tableau de Piero della Francesca, "La Madone di Brera", où une vierge à l'enfant se tient sous un œuf d'autruche. Mais à la place de l'enfant Jésus c'est ici qu'Apollon, le dieu de la beauté, vient sauver le monde… Une œuvre surplombée par un triptyque monumental en trompe l'œil, signée Pascal Lebrun.
A conservateur passionné, expo passionnante
Cette exposition est née de l'amour du conservateur pour la peinture romantique allemande et spécialement pour Caspar David Friedrich. Il y a quelques années, le MBA de Tournai prêtait l'un de ses deux Manet, le "père Lathuille", au musée d'Essen, en Allemagne. Ce fut l'occasion pour Jean-Pierre De Rycke, le conservateur du musée, de négocier en retour le prêt du "Paysage à l'arc-en-ciel", de Friedrich. "Pour moi, ce tableau est le manifeste de la sublimation de la nature, avec un côté irréaliste et surnaturel à travers le paradoxe de cet arc-en-ciel en pleine nuit. J'y vois aussi toute l'expression du côté tourmenté du sentimentalisme".
Près de cent œuvres déclinant l'exaltation de la beauté naturelle sont présentées au public. Elles sont réparties dans les quatre sections du musée. Les deux premières, plus allégoriques, sont consacrées au thème de la création du monde en ouverture et à l'apothéose de la beauté naturelle (intitulée "Apollo Sol Invictus" - Apollon, le soleil invincible).
Dans une autre partie, une rétrospective rassemble des œuvres de la Renaissance jusqu'à l'époque moderne. On peut ainsi admirer un Greco exceptionnel, "Le Christ au jardin des Oliviers", issu des collections du Museum of art de Tolède (Etats-Unis). "J'aime particulièrement cette œuvre assez tourmentée" explique Jean-Pierre De Rycke. "Ce qui est remarquable, au-delà des couleurs hallucinées, c'est que le traitement de la nature se fait à l'unisson du sujet qui est représenté. Le titre de cette œuvre dans l'iconographie chrétienne est la suprême angoisse, qui peut se traduire par la tourmente. L'orage se dit d'ailleurs 'tormenta' en espagnol. C'est montrer comment la nature et le sentiment humain et religieux ne font qu'un".
Enfin, la dernière section, plus contemporaine, offre à voir les œuvres d'Oscar Piatella d'une part, caractérisées par un jeu subtil entre couleurs et matériaux naturels bruts, et de Platon H. d'autre part, avec ses créations organiques spontanées faites de cactus mexicains, de pieuvres séchées, de papillons de nuit ou de l'improbable alliance entre pics de porc-épic et duvet de faisan.
Avec cette exposition, Jean-Pierre De Rycke a voulu créer une œuvre d'art totale, poursuivant ainsi l'idée de Victor Horta quand il a conçu ce musée: "que l'architecture elle-même et ce qui est exposé forment un tout harmonieux". Cette exposition en est la traduction la plus évidente.
Manu Van Lier
Jusqu'au 21 juillet 2013 - Musée des Beaux-Arts de Tournai (rue Saint-Martin, 52). Infos: 069/33.24.31.
Photo: "Le Christ au jardin des Oliviers", © Toledo Museum of art
