Les plus démunis n’ont quasi pas d’accès aux soins


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Les plus démunis n’ont quasi pas d’accès aux soins
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Médecins du Monde a publié son rapport intitulé "L’accès aux soins en Europe en temps de crise et de montée de la xénophobie". Ses conclusions à l'égard des plus démunis de notre société ne sont guère surprenantes mais doivent éveiller les consciences sur leurs très mauvaises conditions de vie et leur accès aux soins, très limités.

Ce rapport est le résultat d'une enquête mené auprès de 8.412 patients, dans 14 villes de 7 pays européens dont la Belgique où plus de 2.000 personnes ont été interrogées. "La moitié des sondés déclare ne disposer que d’un logement précaire, voire d’aucun logement. Une personne sur dix dort tous les soirs dans la rue ou dans les centres d’accueil d’urgence. En Belgique, il s’agit d’une personne sur cinq. Mais le plus inquiétant est sans doute l’isolement social: à peine la moitié des personnes interrogées ne peut se confier régulièrement à quelqu’un de leur entourage. 14,2% d’entre elles disent ne connaître personne vers qui se tourner", a expliqué Frank Van Biervliet, chargé de plaidoyer européen pour Médecins du Monde.
Au regard de ces chiffres, il n’est pas étonnant que la santé physique et mentale de cette population soit mauvaise. Un tiers d’entre elle déclare souffrir psychiquement. Un quart s’estime en mauvaise, voire en très mauvaise santé. Pour comparaison, la moyenne européenne se situe autour de 10%. La priorité pour ces personnes est donc bien l’accès aux soins de santé. Or, "c’est ici que le bât blesse", fait remarquer l'ONG.
Le rapport indique en effet que 81 % des personnes interrogées n’avaient pas accès aux soins. Ceci, alors que trois-quarts d’entre eux ont besoin d’un traitement immédiat. Et dans ce triste constat, la Belgique est le plus mauvais élève européen: 90% des patients belges de Médecins du Monde ont déclaré n’avoir aucun accès à des soins de santé.
Ce chiffre est d'autant plus étrange que dans notre pays "tout le monde a le droit de voir un médecin", a fait remarquer Frank Van Biervliet. Ce qui n'est pas le cas de pays comme la Suède, les Pays-Bas ou encore l’Allemagne, où l’exclusion de certains groupes de la population est clairement régie par la loi.

Parcours "kafkaïen"

En fait, le problème en Belgique tient au fait que la quasi-totalité des patients qui consultent Médecins du Monde sont des étrangers, souvent en séjour irrégulier et sans papiers et donc sans couverture sociale. Et pour ces gens, le parcours administratif pour accéder aux soins est "kafkaïen", aux dires de l'ONG. Elles doivent en principe passer par le CPAS mais beaucoup renoncent d'avance, soit parce qu'elles sont convaincues que cela n'aboutira pas, soit parce qu'elles craignent de faire l'objet d'une enquête sociale.
Médecins du Monde indique qu'elle est, pour 70% de ces personnes, le premier contact avec le monde médical. Ses services sociaux accomplissent alors les démarches afin de les faire bénéficier de l'accès gratuit aux soins de santé chez n'importe quel médecin généraliste.
Par ailleurs, Médecins du Monde a indiqué que la crise n’arrangeait évidemment rien, également au niveau politique. Faisant remarquer que depuis peu, en Grèce, les personnes sans papiers ne se voient octroyer des soins que s’il est question de vie ou de mort. L’Espagne poussant la démarche encore plus loin, en les excluant définitivement, même s’ils souffrent de maladies chroniques ou graves.
Médecins du Monde appelle donc les décideurs européens à faire preuve de plus d’humanité dans la conduite de leur politique de soins de santé publique.

P.G.


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