Le 11 février dernier, le pape a expliqué ne plus avoir "les forces" suffisantes pour diriger l'Eglise catholique, en invoquant son âge. Il renoncera donc à son ministère à la fin de ce mois. Une annonce qui force le respect.
"Un coup de tonnerre dans un ciel serein." Tels sont les termes utilisés par le doyen des cardinaux, Mgr Angelo Sodano, pour exprimer sa surprise, suite à l'annonce de la démission du pape. Le 11 février dernier, Benoît XVI a effectivement créé l'événement en déclarant, lors d'un consistoire ordinaire au Vatican, qu'il renoncerait à son ministère le 28 février, à 20h, ses forces ne lui permettant plus de l'exercer "adéquatement".
"Je suis bien conscient que ce ministère, de par son essence spirituelle, doit être accompli non seulement par les œuvres et par la parole, mais aussi, et pas moins, par la souffrance et par la prière", a-t-il déclaré en latin. Une formule "pleine de délicatesse à l'égard de son prédécesseur", Jean-Paul II, qui avait le choix, lui, de ne pas démissionner, comme l'a si justement relevé l'abbé Alphonse Borras, canoniste et vicaire général du diocèse de Liège. "Cependant", a poursuivi le pape, "dans le monde d'aujourd'hui, sujet à de rapides changements et agité par des questions de grande importance pour la vie de la foi, pour gouverner la barque de saint Pierre et annoncer l'Évangile, la vigueur du corps et l'esprit est aussi nécessaire, vigueur qui, ces derniers mois, s'est amoindrie en moi d'une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m'a été confié."
Un acte totalement libre
Ce cas de figure, bien qu'extrêmement rare, est évidemment prévu par le droit canon. "S'il arrive que le Pontife romain renonce à sa charge", stipule-t-il, "il est requis pour la validité que la renonciation soit faite librement et qu'elle soit dûment manifestée, mais non pas qu'elle soit acceptée par qui que ce soit." Un pape ne peut effectivement remettre sa démission ni aux cardinaux ni aux fidèles. Il n'a pas de supérieur, sinon Dieu. Si le texte insiste sur la totale liberté du pape, il est par contre silencieux concernant les mesures pratiques qui entourent un tel retrait, nécessairement rapide. Il est toutefois probable que Benoît XVI a, au préalable, réglé tous les détails de son départ et de sa retraite avec ses proches. Tout ce que l'on sait, c'est que sa retraite doit être absolue, sans plus aucune intervention dans le gouvernement de l'Eglise, et qu'une fois sa renonciation connue, il peut quitter le Vatican sans cérémonie particulière.
Dès le 28 février, commencera donc la période de sede vacante (siège vacant), durant laquelle une congrégation spéciale, constituée du cardinal camerlingue et de trois autres cardinaux, gèrera les affaires courantes de l'Eglise et organisera le conclave, chargé d'élire le prochain pape. D'après le Vatican, celui-ci devrait être désigné pour Pâques.
Pas un cas unique
Beaucoup de médias ont présenté l'annonce de Benoît XVI comme une première dans l'histoire de l'Église, mais ce n'est pas tout à fait exact. L'exemple le plus célèbre est celui de Célestin V, qui démissionna de ses fonctions le 13 décembre 1294, à plus de 80 ans, parce qu'il ne se sentait plus capable de résister aux pressions des grandes familles et des souverains étrangers. Mais il y eut aussi saint Potien en 235, Benoît IX en 1045, Grégoire VI en 1046 et Grégoire XII en 1415. Plus près de nous, durant l'occupation de Rome par les Allemands, la menace d'Hitler de s'emparer du pape conduisit Pie XII à prendre des dispositions pour qu'en cas d'arrestation, il fut considéré comme démissionnaire.
Bien que, ces derniers mois, les voix annonçant une démission imminente se soient multipliées, la décision de Benoît XVI a fait l'effet d'une bombe. Il suffit d'ailleurs de lire les nombreuses réactions qu'elle a suscitées à travers le monde pour s'en convaincre.
Pascal ANDRÉ
A lire le dossier du journal Dimanche sur Benoît XVI dans son édition du 20/2.

