« Vatileaks »: verdict attendu pour le 6 octobre


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« Vatileaks »: verdict attendu pour le 6 octobre
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

La troisième et avant-dernière audience du procès de l'ancien majordome du pape s'est déroulée hier. Elle a été largement consacrée à l'audition de quatre gendarmes du Vatican. Le verdict est quant à lui attendu pour samedi prochain.

Cette audience du 3 octobre n'aura duré qu'une heure et quart. Le temps pour les quatre membres de la Gendarmerie vaticane, entendus ici comme témoins, de décrire l’abondant matériel retrouvé au domicile du majordome de Benoît XVI, le 23 mai, jour de son arrestation. Plus d'un millier de documents (des originaux et des copies) sur la vie privée du pape, la famille pontificale et la curie romaine, ont été jugés "intéressants" . Selon l’inspecteur Silvano Carli, certains d’entre eux portaient même la signature de Benoît XVI et d’autres la mention en allemand "à détruire".
Ces documents étaient dissimulés au milieu d'une énorme quantité d'autres papiers que Paolo Gabriele avaient accumulés, notamment dans une grande armoire de son bureau. Les gendarmes ont déclaré avoir emporté 82 cartons de documents relatifs à des sujets aussi divers que la franc-maçonnerie, l’ésotérisme, les liens entre yoga et christianisme, le bouddhisme, les services secrets, les moyens de crypter des textes et des images... mais aussi des documents concernant leur corps de police.

Des gendarmes "trop importants"

Paolo Gabriele se serait intéressé très tôt au travail et au fonctionnement de la gendarmerie vaticane. L’un des gendarmes auditionné a d'ailleurs expliqué aux juges avoir donné au majordome des informations – non secrètes – à la suite de ses requêtes "continues et maladives" sur le sujet. De son côté, Paolo Gabriele a indiqué que Mgr Georg Gänswein, l’avait interrogé plusieurs fois sur la Gendarmerie vaticane et qu’il lui avait confié tout ce qu’il savait. Le majordome se serait-il vu confier par le secrétaire particulier du pape une mission d’enquête sur cette Gendarmerie et sa croissante prise de pouvoir au Vatican ?
Selon une source bien informée, le majordome estimait en effet que le corps de gendarmes prenait "trop d’importance". De fait, la "Vigilance" devenue "gendarmerie" en 2002, a occupé des postes traditionnellement confiés à la Garde suisse pontificale, et s’est peu à peu transformée en corps militaire. Dans le même temps, le cardinal secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone a pris deux gendarmes à son service personnel, un acte inédit.
Au cours de cette troisième audience, Paolo Gabriele a aussi confié qu’il avait été choqué par le "traitement peu correct" réservé à l’aumônier de la gendarmerie, Mgr Giulio Viviani, renvoyé prestement dans son diocèse d’origine durant l’été 2010.
Fort de ce contexte, on peut imaginer que la détention de Paolo Gabriele dans les locaux de la Gendarmerie vaticane a été délicate. Dès le début du procès, son avocate a évoqué les "pressions psychologiques" subies par son client, et la lumière allumée 24/24h. La Gendarmerie a assuré que les conditions de détention du majordome étaient conformes aux standards "prévus dans d’autres pays", et que ce dernier les avait même remercié pour le "bon traitement" reçu.

Zones d'ombre

Une autre question non résolue porte sur le début des forfaits. Paolo Gabriele a dit avoir commencé à recueillir des documents confidentiels, courant 2011, dans le cadre de "l’affaire Vigano". Mgr Carlo Marie Vigano ancien ’numéro deux’ des services administratifs du Vatican (qui sera nommé nonce apostolique à Washington, fin 2011), s’était plaint, dans une correspondance à ses supérieurs, dont le pape, de la soi-disant "corruption" et de "malversations" dans la gestion du patrimoine du Saint-Siège. Mais Mgr Georg Gänswein a assuré lors de sa comparution avoir vu dans la masse de matériel perquisitionné au domicile du majordome, des documents confidentiels remontant à 2006…
Par ailleurs, d'autes zones d'ombre demeurent. Le Tribunal n'a ainsi jamais cherché à savoir qui se cachait derrière le fameux "confesseur mystère" de l’accusé, informé quasiment dès le début de ses activités, ou quelles étaient les questions posées par le pape sur des sujets "dont il aurait dû être informé" aux dires de l’accusé. Rien non plus sur le fait de savoir si les perquisitions réalisées à Castel Gandolfo, situé sur le territoire italien, étaient bien légales.
Il semble que la justice du Vatican veuille clore cette affaire au plus vite, avant que ne débutent les célébrations liées à l’ouverture de l’année de la foi et au cinquantième anniversaire de Vatican II. Le verdict a été annoncé pour samedi prochain. Le 6 octobre, Paolo Gabriele devrait être donc fixé sur son sort. Pour avoir volé (ce qu'il nie) et photocopié des centaines de documents dans les appartements de Benoît XVI, il risque jusqu'à quatre ans de prison.
Cet homme a dit avoir cru bien faire et s’être "laissé guider par son instinct", face à une situation au Vatican qui devenait "insupportable". Devant les juges, il a confié avoir peu à peu acquis la conviction, en vivant pendant six ans au contact du pape, "qu’il était facile de manipuler une personne qui a entre ses mains un pouvoir aussi énorme".
Qui manipulerait donc Benoît XVI? Le mystère risque fort de ne pas être élucidé par la Justice du Vatican. Mais la vérité se trouve vraisemblablement dans le rapport qu'ont rendu le 26 juillet dernier les trois cardinaux membres de la commission cardinalice dont seul le pape sera destinataire.

Pierre GRANIER (avec Apic et la Croix)

Catégorie : L'actu

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