C’est avec une méditation théologique sur l’évangélisation et la confession de la foi que Benoît XVI a ouvert, le 8 octobre 2012 au Vatican, les travaux du Synode des évêques consacré à "la Nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi". Le pape, les quelque 250 pères synodaux, et la centaine d’experts et d’auditeurs, sont réunis pour réfléchir sur les enjeux et les instruments de la nouvelle évangélisation. Le synode entend bien faire face à la sécularisation , un véritable "tsunami" qui s’est abattu sur le monde occidental. La formule est du cardinal Donald Wuerl, archevêque de Washington, et rapporteur général de cette assemblée synodale.
Transmettre au monde la passion pour le Christ
La passion pour communiquer le Christ au monde et la conscience que Dieu agit dans l'Eglise ont constitué les points essentiels du bref discours que Benoît XVI a adressé aux pères synodaux lors de l'ouverture du Synode. Après avoir rappelé que les apôtres ont reçu l'Esprit alors qu'ils étaient réunis en prière dans le Cénacle à la Pentecôte, Benoît XVI a expliqué que le fait que chaque assemblée synodale commence avec une prière n'était pas une simple formalité, mais la démonstration de la certitude que l'initiative vient toujours de Dieu. Après cette prise de conscience, le deuxième pas est celui de la confession et du témoignage, même dans des situations de graves dangers.
Première matinée de travail
Sur les 262 Pères Synodaux participent à l’assemblée. 251 étaient présents le 8 octobre. Les plus nombreux sont les Européens. La majorité ont été élus. 40 ont été nommés par le Saint-Père. Dans l’assemblée siègent aussi des délégués fraternels, trois Invités spéciaux, 45 experts et 49 auditeurs. Aux côtés de Benoît XVI ses côtés se tenaient les trois présidents délégués de cette assemblée synodale: les cardinaux John Tong Hon, évêque de Hong-Kong, Francisco Robles Ortega, archevêque de Guadalajara, et Laurent Monsengwo Pasinya, archevêque de Kinshasa. A la tribune, Benoît XVI était également accompagné du secrétaire général du Synode des évêques, Mgr Nikola Eterovic, du rapporteur général, le cardinal Donald William Wuerl, archevêque de Washington, et du secrétaire spécial de ce synode, Mgr Pierre-Marie Carré, archevêque de Montpellier.
Surmonter le Syndrome de l'embarras, l'Eglise doit mobiliser ses forces pour surmonter le tsunami de la sécularisation
La formule a été lancée par le Rapporteur général, chargé de planter le décor. Le cardinal Donald William Wuerl, l’a fait dans une intervention en latin avec une efficacité toute américaine en allant droit au but, sans atermoiements. Selon lui, la crise remonte aux années 70-80 : catéchèse insuffisante ou incomplète, aberrations dans la pratique liturgique, ignorance religieuse, baisse de la pratique sacramentelle, herméneutique de la discontinuité ; et puis les péchés de quelques uns qui ont encouragé une méfiance à l’égard de certaines structures fondamentales de l’Eglise. Selon archevêque de Washington, une grande partie des fidèles n’était pas préparée à faire face à la vague séculariste. C’est donc l’Eglise elle-même qui doit faire son examen de conscience. Les chrétiens doivent retrouver l’audace et la confiance, « recapturer » leur identité et l’authenticité de leur foi. Il faut – souligne l’archevêque de Washington, qui manie bien l’art de la formule - surmonter le «syndrome de l’embarras » qui vient du manque de confiance dans la vérité de la foi et dans la sagesse du magistère.
Une lueur d'optimisme
Mais cette Eglise n’est pas moribonde. Les premiers intervenants soulignent au contraire que ce Synode arrive au bon moment : des jeunes de plus en plus nombreux cherchent des réponses que le monde ne peut leur apporter. Autre source d’optimisme : le foisonnement des mouvements ecclésiaux et des nouvelles communautés. En introduisant les travaux, le Secrétaire général du Synode, Mgr Nikola Eterovic, a évoqué la parabole de la brebis égarée. Car l’objectif prioritaire de cette assemblée c’est bien de ramener au bercail ceux qui se sont éloignés. Un des présidents délégués, l’évêque de Hong Kong, vient d’un contexte différent : son diocèse compte plus de mille catéchistes volontaires ; plus de 3 000 adultes ont été baptisés lors de la veillée pascale. C’est la peur de vivre sous le régime communiste qui a ramené les non pratiquants vers l’Église.
Synode 2012 : trouver un nouveau dynamisme
La génération postconciliaire avait opté pour un christianisme anonyme, déplorait le soir de l'ouverture un père synodal. Il est temps de trouver un nouveau dynamisme. Une tâche difficile, notamment pour les évêques européens, démoralisés par les attaques dont les chrétiens font l’objet, en particulier de la part des médias, dans un contexte culturel et social, critique, voire hostile à l’égard de la religion catholique. Les pays dits du Sud commencent à leur tour à être touchés dans le sillage de la globalisation. Tandis que des évêques arabes et africains confrontés aux injustices et à l’intolérance fondamentaliste racontent leurs souffrances en milieu musulman. Dans ce sombre panorama, le succès remporté par les JMJ, les congrès eucharistiques et tant de manifestations publiques de la foi prouve qu’on a peut-être sous-estimé la ferveur et les attentes du peuple chrétien.
Un synode n'est pas un congrès!
« On ne vient pas au synode seulement pour parler mais aussi pour écouter les voix et les expériences des autres (…) dans un esprit de collégialité », souligne le père Federico Lombardi, dans son nouvel éditorial pour Octava Dies, le bulletin hebdomadaire du Centre de télévision du Vatican (CTV). Au synode, on y va « autant pour écouter que pour parler, ce synode représente un vrai moment de collégialité des évêques autour du pape dans sa sollicitude pour la mission de l’Eglise ». Et son thème sur la « nouvelle évangélisation » est fondamental : « Gare à moi si je n’annonce pas l’Evangile ! », insiste le père Lombardi en citant les paroles de Saint Paul. Il rappelle que les trois semaines du synode ne sont pas un congrès d’étude, mais qu’elles doivent être « un temps spirituel vécu avec intensité par celui qui sait que c’est le message de Jésus ».
En quoi consiste un synode?
L’assemblée des évêques se réfère à l’antique tradition synodale de l’Eglise, mais le synode est une nouveauté du concile Vatican II, ou plutôt il est né du désir de « maintenir vivant l'esprit de collégialité engendré par l'expérience conciliaire ». Synode est un mot grec « syn-hodos » qui signifie « réunion », « congrès ». Le synode est en effet un lieu pour que se rencontrent les évêques entre eux, autour du pape et avec lui ; celui-ci le convoque en tant qu’instrument de « consultation et de collaboration ». C’est donc un lieu d’échange d’informations et d’expériences, en vue d’une recherche commune de solutions pastorales universellement valides. En résumé, le synode des évêques peut se définir comme une assemblée de représentants de l’épiscopat catholique qui a le devoir d’aider le pape, de ses conseils, dans le gouvernement de l’Eglise universelle.
Un nouveau règlement du synode a été approuvé par Benoît XVI en 2006.
Les autorités compétentes ont souligné à diverses reprises que le synode a été conçu et demeure un grand organe consultatif, avec la charge de discuter sur le thème en question et de formuler des « propositions » qui sont soumises à l’attention du pape. Le pape, avec ses collaborateurs et les dicastères de la curie, s’inspire du contenu des propositions, les évalue, les approfondit, après quoi il écrit et publie une « exhortation apostolique post-synodale », c’est-à-dire un document qui recueille, réélabore et propose ce qui a été retenu des propositions et les directions dans lesquelles il faudra continuer d’avancer.
Qui participe au synode?
Pour choisir les participants au synode, on procède par représentation. Participent au synode des évêques élus et délégués par les différentes conférences épiscopales, c’est-à-dire des prélats d’une nation ou d’un continent. C'est le cas de Mgr Léonard délégué par la Conférence épiscopale de Belgique à participer aux travaux du Synode. Le pape, à son tour, nomme des cardinaux, des évêques, des religieux, des recteurs, des dirigeants de mouvements et d’associations qui prendront part au synode en qualité de pères synodaux et d’experts.
La phase de préparation au Synode
La première phase de la préparation du synode, selon la coutume, a vu l’élaboration des "Lineamenta", un texte de base permettant de réfléchir sur le thème choisi. Des réponses aux Lineamenta et au questionnaire l’accompagnant ont été envoyées par les Eglises, les conférences épiscopales, les dicastères de la curie romaine et l’union des supérieurs généraux, ainsi que des observations de la part d’évêques, de prêtres, de personnes consacrées, de théologiens et de fidèles laïcs. Les différents avis sont rassemblés et synthétisés en un Instrument de travail (Instrumentum laboris). Après avoir été soumis à l’approbation du Saint-Père, le document est traduit dans les langues principales puis envoyé à tous les évêques. Bien qu’il soit publié, l’Instrumentum laboris n’est pas une version de ce que seront les conclusions, mais un document indicatif, qui fera l’objet de discussions pendant le synode.
B. L. (avec zenit/apic-Imedia/news.va)


