Dans un entretien accordé à L’Osservatore Romano, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) aborde différents thèmes comme la foi, son arrivée dans le dicastère romain, mais aussi les discussions avec la Fraternité Saint-Pie-X, son rapport avec la Théologie de la libération, et que les positions libérales de certaines religieuses américaines. Aperçu.
« La foi est caractérisée par la plus grande ouverture possible. Il s'agit d'une relation personnelle avec Dieu, qui porte en lui tous les trésors de sagesse. C'est pourquoi notre raison finie est toujours en mouvement vers le Dieu infini. Nous pouvons toujours apprendre quelque chose de nouveau et comprendre de façon toujours plus profonde la richesse de la Révélation. Nous ne pourrons jamais l'épuiser », indique d’emblée Mgr Gerhard Ludwig Müller lors de son interview à L’Osservatore Romano.
Le nouveau préfet de la CDF évoque aussi largement son passé et sa détermination à devenir prêtre, son expérience comme professeur de théologie et comme évêque, ses séjours répétés en Amérique latine.
A propos de sa nomination à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, le prélat allemand indique : « Je suis reconnaissant au Saint-Père de m'avoir accordé sa confiance et de m'avoir confié cette tâche. Les problèmes qui se présentent à nous sont très importants si nous considérons l'Eglise universelle, avec les nombreux défis qu'il faut affronter et face à un certain découragement qui se diffuse dans certains milieux mais que nous devons surmonter. Nous avons également le problème de groupes – de droite ou de gauche, comme on a l'habitude de dire – qui occupent une grande part de notre temps et de notre attention. On risque facilement de perdre un peu de vue notre devoir principal, qui est celui d'annoncer l'Evangile et d'exposer de façon concrète la doctrine de l'Eglise. Nous sommes convaincus qu'il n'existe pas d'alternative à la révélation de Dieu en Jésus Christ. La Révélation répond aux grandes questions des hommes de tout temps ».
Ouvert, mais clair dans les discussions avec la FSSPX
Abordant des grands sujets d’actualité comme les négociations avec la Fraternité Saint-Pie X et les tensions avec les religieuses américaines, Mgr Müller souligne qu’il est important de dépasser les affrontements théologiques, d’où qu’ils viennent. Mais il souhaite pour cela qu’il n’y ait « pas de négociations sur la Parole de Dieu », assurant qu’il est impossible de croire et de ne pas croire en même temps. « Je ne peux pas me référer à la tradition de l’Eglise et puis n’en accepter que certaines parties », souligne-t-il en rapport au refus de la Fraternité Saint-Pie-X d’accepter certains textes du concile Vatican II.
A propos des religieuses américaines de la ’Leadership conference of women religious’, connues pour leurs positions libérales, Mgr Müller est tout aussi clair : « On ne peut pas prononcer les trois vœux religieux et puis ne pas les prendre au sérieux ».
Le préfet de la CDF revient aussi sur la théologie de la libération, qui connut un réel succès en Amérique latine. Il évoque sa proximité avec celui qui est considéré comme l’un des pionniers de ce mouvement, le dominicain péruvien Gustavo Gutiérrez. « En 1988, j’ai été invité à participer à un séminaire avec Gustavo Gutiérrez », explique-t-il en précisant qu’il s’y était rendu avec quelque réserve, en tant que théologien allemand, et parce qu’il connaissait les déclarations de la CDF sur la Théologie de la libération. « J’ai pu constater qu’il fallait faire la distinction entre une Théologie de la libération erronée et une autre correcte. Toute bonne théologie concerne la liberté et la gloire des fils de Dieu. Si le mélange de la doctrine d’une auto-rédemption marxiste avec le salut donné par Dieu doit être rejeté, comment pouvons-nous parler de l’amour et de la miséricorde de Dieu face à la souffrance de si nombreuses personnes qui n’ont ni nourriture, ni eau, ni soins, qui ne savent pas comment offrir un avenir à leurs enfants, là où la dignité humaine est absente, là où les droits de l’homme sont ignorés par les puissants », s’interroge-t-il. Mgr Müller a d’ailleurs collaboré à l’écriture d’un livre sur la pauvreté et la Théologie de la libération avec Gutiérrez en 2004.
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