Face à la crise politique majeure qui secoue le Mali, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) devrait déposer une demande de résolution devant le Conseil de sécurité pour intervenir dans le nord du Mali où sévissent des groupes rebelles islamistes liés à Al-Quaida au Maghreb islamique (Aqmi).
« Si la situation n’évolue pas favorablement, une intervention militaire au Mali est inévitable », a déclaré Alassane Ouattara, président de la Côte d’Ivoire, dans un entretien à l’hebdomadaire français Journal du dimanche (JDD). Il a fait part des discussions actuellement en cours entre les présidents du Burkina Faso, du Nigeria et certains mouvements armés tout en précisant que le dialogue ne pourra durer éternellement. Alassane Ouattara rappelle que les chefs d’état-major d’Afrique de l’Ouest se sont réunis à Abidjan la semaine dernière et ont proposé la constitution d’un contingent de près de 3.500 hommes. « Dans un premier temps, il s’agira de déployer des gendarmes et des policiers. Puis des militaires », poursuit le président Ouattara pour aider à la reconquête de la région du nord, contrôlé par des mouvements islamistes alliés à Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi).
Rappelons que ces groupes islamistes intégristes, dans un premier temps alliés à la rébellion touareg, ont saccagé plusieurs monuments de saints appartenant à l'Islam. Jusqu'ici, le pouvoir central à Bamako n'a pas pu enrayer cette situation, dans la mesure où la classe politique malienne est en crise, à la suite de coup d'état de mars dernier qui a destitué le président Amadou Toumani Touré. Une médiation ouest-africaine avait réussi à faire signer un accord aux parties en présence, lequel prévoyait la remise du pouvoir aux civils avec la nomination d'un président et d'un premier ministre intérimaires. Or, aujourd'hui, les partis politiques maliens réclament la démission du premier ministre de transition, Cheikh Modibo Diarra mais celui-ci refuse de démissionner, sous le prétexte que le président - lui aussi intérimaire - ne peut pas accepter sa démission, à la suite de l'accord du 6 avril dernier.
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) devrait prochainement déposer une demande dans ce sens de résolution auprès du Conseil de sécurité des Nations unies à New York. Toute intervention se fera sous mandat du Conseil de sécurité de l’ONU et avec une aide extérieure, logistique et technique. Le président ivoirien demandera « un appui logistique à la France et aux États-Unis », mais il a précisé que les troupes au sol seraient « africaines ».
La communauté internationale est très préoccupée par la présence d’un millier d’islamistes regroupés sous la bannière d’Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) et de groupuscules affiliés. Elle redoute qu’ils ne finissent par fragiliser d’autres pays voisins comme la Mauritanie ou le Burkina Faso. «L’Afrique est aux portes de l’Europe, toute déstabilisation de cette région peut faire craindre un afflux de réfugiés dans nos pays », déclarait il y a peu, un diplomate européen en poste à l’Otan. Il décrivait une situation « très dangereuse au Mali, en Mauritanie et au Soudan » et déplorait un « manque de réactions de l’Europe ».
JJD (avec La Croix)

