Une semaine après le troisième veto de la Russie et de la Chine contre une résolution visant le pouvoir syrien, les membres du Conseil de sécurités des Nations unies se renvoient la responsabilité de l'intensification des violences et s'affrontent sur les suites du dossier. L'Arabie saoudite va proposer une résolution à l'Assemblée de l'ONU.
Le 25 juillet dernier, lors d'un débat consacré à la situation au Moyen-Orient, la Russie a mis en garde les Occidentaux contre "les conséquences probablement catastrophiques" d'une approche hors cadre onusien de la crise syrienne. Vitali Tchourkine, le représentant permanent de Moscou à l'ONU, a réaffirmé à cette occasion que Washington et ses partenaires européens n'avaient fait qu'aggraver la situation en prenant fait et cause pour l'opposition syrienne depuis les premiers temps de la crise, il y a plus de seize mois.
"La Russie a l'intention de continuer à travailler en vue de décisions par consensus et de pousser à un dialogue inter-syrien", a-t-il déclaré. "Pour ce faire, nous sommes prêts à fournir à l'opposition et au gouvernement une plate-forme à Moscou pour prendre des contacts afin d'unifier l'opposition et en vue de négociations avec le gouvernement." La Russie avait déjà fait une proposition similaire en mai dernier, mais les deux camps n'avaient pas donné suite.
A trois reprises déjà, la Russie et la Chine ont fait valoir le droit de veto que leur confère leur statut de membre permanent du Conseil de sécurité pour mettre en échec de résolution qui auraient condamné la répression et menacé le régime de Bachar al Assad de sanctions.
Les Occidentaux prêts à agir
Face à la paralysie de l'ONU, les Occidentaux cherchent donc les moyens d'agir. Les États-Unis ont ainsi annoncé qu'ils allaient continuer à travailler avec le groupe des Amis du peuple syrien, coalition informelle créée au lendemain du précédent veto russo-chinois, en février dernier. "L'impuissance à laquelle les vetos russes et chinois confinent le Conseil ne laisse pas la communauté internationale sans ressource", a souligné pour sa part l'ambassadeur français Gérard Araud, rappelant notamment les nouvelles sanctions adoptées par l'Union européenne en début de semaine.
De son côté, l'ambassadeur britannique Mark Lyall Grant a souligné que l'attitude de la Russie et de la Chine privait le Conseil de sécurité de toute capacité à influencer positivement la situation en Syrie. "Les conséquences sont claires: plus de violences, plus d'effusion de sang et une situation qui se détériore et se propage désormais au-delà des frontières", a-t-il dit.
Un nouveau projet de résolution
Frustrée elle aussi par le manque d'action internationale, l'Arabie saoudite va proposer à l'Assemblée générale de l'ONU une résolution sur la Syrie qui fera référence à la menace de Damas d'utiliser ses armes chimiques en cas d'intervention étrangère. Elle pourrait également demander aux 193 pays membres d'appliquer les mêmes sanctions économiques que celles décidées contre la Syrie par la Ligue arabe. Ce projet de résolution sera probablement voté au début de la semaine prochaine.
Pascal André

