A partir du 22 juillet se tient à Washington la 19ème conférence internationale sur le sida. Sil les nouvelles données publiées par les Nations Unies montrant les progrès réalisés dans la lutte contre le VIH/sida donneront lieu à des discours optimistes, Médecins Sans Frontières rappelle que les pays les plus touchés par la pandémie peinent encore à offrir un traitement aux patients. De plus, ils sont dans l’incapacité d’appliquer les dernières avancées scientifiques pour lutter contre la maladie.
Réunis dans la capitale américaine, les dirigeants et scientifiques du monde entier discuteront des dernières initiatives devant permettre une augmentation de l’offre de traitements au point d’envisager, à terme, la fin de l’épidémie de sida. Pourtant, sept millions de personnes n’ont toujours pas accès aux médicaments antirétroviraux (ARV). L’agence des Nations Unies pour le Sida (ONUSIDA) estime à 1,4 million le nombre de nouvelles personnes qui ont pu bénéficier de ces traitements en 2011. Ce chiffre devra être doublé si l’on veut atteindre l'objectif mondial de 15 millions de personnes sous traitement d'ici à 2015. Or, les bailleurs de fonds pressent de plus en plus les pays africains à trouver leurs propres solutions pour lutter contre l’urgence du sida. Une attitude que dénonce MSF.
« Etant donné les ressources limitées dont disposent les Etats africains, il est tout simplement scandaleux d’envisager qu’ils puissent lutter seuls contre cette situation d'urgence », estime le docteur Eric Goemaere, conseiller principal de MSF en matière de VIH/sida pour l'Afrique australe. « Il s’agit d’une excuse cynique de la part des bailleurs de fonds pour revoir à la baisse leurs engagements à mettre un terme à la pandémie. Les conséquences pour les patients seront catastrophiques », ajoute-t-il.
Et de citer l’exemple de la République démocratique du Congo (RDC), où moins de 15% des patients ayant besoin d'une thérapie antirétrovirale en bénéficient. Seuls 11% des établissements de santé offrent un traitement et moins de 6% des mères séropositives ont accès aux ARV censés prévenir la transmission de la maladie à leur enfant. « Nous recevons des patients dans un état critique, qui ont désespérément cherché un traitement », explique Thierry Dethier, responsable du plaidoyer de MSF en RDC.
Néanmoins, plusieurs gouvernements africains ont déjà pris des mesures importantes pour lutter contre la pandémie. Ces dernières années, le Zimbabwe et le Malawi ont fait d’importants progrès pour étendre les programmes de traitement. Le Malawi a été le premier pays d’Afrique à mettre en œuvre un nouveau protocole prévenant la transmission du virus de la mère à l'enfant en offrant un traitement à vie aux mères séropositives enceintes ou allaitantes. Le Mozambique a récemment recommandé un protocole similaire, prescrivant de meilleurs traitements de première ligne et assurant le suivi des traitements par la mesure de la charge virale.
MSF estime qu’en reniant leurs engagements antérieurs, les bailleurs de fonds risquent de réduire à néant ces initiatives. Aujourd’hui, de grandes institutions comme le Fonds Mondial doivent faire face à d’importantes coupes budgétaires. « Au Malawi, nous nous sommes engagés à mettre en œuvre des programmes basés sur les récents progrès scientifiques. Pourtant, alors que le succès est à portée de main, nous faisons face à de nouvelles contraintes financières. Je suis convaincu que nous pouvons mettre fin au sida. Mais nous ne pouvons pas le faire seuls », explique Stuart Chuka, en charge du programme national ARV au ministère de la Santé du Malawi.
