Le mausolée d’un des saints de la ville de Tombouctou a été profané vendredi 4 mai, par des islamistes. La malédiction de Cheikh Sid Mahmoud retombera-t-elle sur ces salafistes de la mouvance Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) et Ansar Dine ?
Depuis fin mars, ils ont pris possession de la "ville aux 333 saints", de la "perle du désert"… Car les qualificatifs sont nombreux pour désigner Tombouctou, inscrite en 1988 au Patrimoine Mondial de l'UNESCO.
À l'origine de cette profanation, un malaise de taille. Dogmatique. Les islamistes, qui ont pris le pouvoir dans le nord du Mali, considèrent comme contraire à l’islam la vénération d’un saint, analyse le quotidien français La Croix. Cela laisse supposer que le mausolée de Cheikh Sid Mahmoud ne sera pas un cas isolé, et que d'autres actes blasphématoires sont à prévoir.
La Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a exprimé sa très grande préoccupation. D’après les informations reçues par l’UNESCO, la porte d’entrée du mausolée et son rideau de protection ont été brûlés. Les populations de Tombouctou, qui s’y rendent habituellement tous les vendredis pour la procession, n'ont pas pu y accéder. Certains, mêmes, auraient été frappés. "Cette profanation marque une aggravation très préoccupante des attaques sur le patrimoine malien, déjà fortement menacé au cours des dernières semaines", a déclaré Irina Bokova. "Ce Patrimoine culturel est notre bien commun, et rien ne saurait justifier qu’on y porte atteinte".
Le gouvernement de transition a, quant à lui, fait part de son indignation, condamnant "cet acte inqualifiable qui foule au pied les préceptes de l’islam, religion de tolérance, et le respect de la dignité humaine". Une indignation partagée par les hommes politiques et les intellectuels du Mali, au delà de tout clivage politique, qui ont, eux aussi, élevé la voix pour fustiger cet "acte de barbarie", "d’ignorance" et "d’intolérance".
Tombouctou, un centre historique de l'Islam
Tombouctou aurait été fondé vers la fin du 12 ème siècle par des Touaregs, au bord du fleuve Niger. Après avoir voyagés sur 250 km au sud de leur base, ils établirent un camp temporaire, gardé par une vieille femme, Bouctou. Peu à peu, Tim-Bouctou ("le lieu de Bouctou") devint un petit village sédentaire à la croisée de plusieurs routes commerciales. Puis, une ville-marché qui atteint son apogée aux 15 ème et 16 ème siècles. Très vite convertie à l'islam, Tombouctou se transforme en un important centre de culture coranique et de propagation de l'islam en Afrique, par le biais notamment de l'université de Sankore. Dans les rues de cette capitale intellectuelle et spirituelle, des savants, des ingénieurs et des architectes venus de différentes parties de l'Afrique se mêlaient aux sages et aux marabouts, et aux voyageurs venus de pays lointains.
A.L (avec Apic et UNESCO)


