L’Italien Ettore Gotti Tedeschi a été contraint de quitter ses fonctions de président de l’Institut pour les œuvres de religion (IOR). Les membres du Conseil de surintendance de la banque du Vatican ont en effet adopté une "motion de défiance" à son égard et recommandé "la fin de son mandat". Le banquier sexagénaire quitte ses fonctions au terme d’un bras de fer concernant l’application de la loi sur la transparence financière du Saint-Siège et la conduite des affaires de l'IOR.
Alors que des experts européens de Moneyval en charge d’évaluer les mesures de lutte contre le blanchiment d’argent doivent décider début juillet si le Vatican peut figurer sur la ‘White list’ des Etats vertueux, une nouvelle affaire vient secouer l’Institut pour les œuvres de religion. Au cours d’une réunion ordinaire, le Conseil de surintendance de cet organisme n’a ainsi pas souhaité renouveler sa confiance à celui qui en tient les rênes depuis le 23 septembre 2009, jugeant que la gouvernance de l'IOR s’était "ultérieurement détériorée".
Estimant qu’Ettore Gotti Tedeschi n’avait pas assuré "plusieurs fonctions de première importance de sa charge", les membres du board de l'IOR l'ont désavoué à l'unanimité, en indiquant que cette démarche était "importante pour maintenir la vitalité de l’institution".
Blanchi sur du blanchiment
Fervent catholique, professeur d’économie à l’Université catholique de Milan, spécialiste de l'éthique de la finance et président pour l’Italie du Banco Santander, Ettore Gotti Tedeschi avait été placé à la tête de l'IOR en septembre 2009. La commission cardinalice comptait alors sur lui pour donner plus de transparence à une institution touchée par un scandale financier majeur dans les années 1980 (l'Institut était l'actionnaire majoritaire de la banque Ambrosiano qui recyclait l'argent de la mafia sicilienne, en relation avec la loge maçonnique illégale P2) et dont les activités restent entourées du plus grand secret.
Mais un an après son arrivée, l'homme avait été impliqué dans une enquête de la justice italienne concernant des mouvements d’argent suspects. Il fut suspecté d'avoir "blanchi" 23 millions d'euros. Le parquet leva finalement tous les soupçons en juin 2011.
Fuites fatales
Depuis plusieurs mois, les autorités vaticanes font en sorte de rapprocher le petit Etat des standards internationaux de bonne gestion. Mais depuis janvier, des fuites de documents confidentiels ont mis à jour des luttes internes concernant cette recherche de transparence et la persistance de la corruption dans l'administration vaticane. Ces fuites, contre lesquelles le Vatican s'est insurgé (et qui sont rassemblées dans un livre paru cette semaine en Italie, "Sua Santita", du journaliste Gianluigi Nuzzi), auraient joué un rôle non négligeable dans le limogeage du banquier...
Pourtant ces derniers jours, les plus hauts responsables de la banque et des membres de la Secrétairerie d’Etat avaient encore vanté les mérites de l’institution en terme de transparence financière auprès de dizaines d’ambassadeurs accrédités auprès du Saint-Siège qui avaient été invités à visiter le siège de l'IOR.
Un Allemand pressenti à la présidence?
Réunie ce 25 mai afin de tirer les conséquences de la décision du Conseil de surintendance, la commission cardinalice de surveillance de l'IOR, présidée par le cardinal secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone, devrait nommer à la tête de l'IOR son actuel vice-président, l’Allemand Ronaldo Hermann Schmitz, ancien directeur exécutif de la Deutsche Bank.
P.G. (avec Apic)

