« Le bourreau tue toujours deux fois… »


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« Le bourreau tue toujours deux fois… »
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
2 min

Editorial de Pascal André paru dans le "Dimanche Express" n°18 du 13 mai 2012 :

"Bienvenue dans ce train à destination d'Auschwitz. Tous les Juifs sont priés de descendre à Buchenwald." Tels sont les propos extrêmement choquants que les passagers du train Namur-Bruxelles ont pu entendre, le 3 mai dernier, en fin de journée, via les interphones du véhicule. L'auteur de cette annonce de très mauvais goût n'a pas encore été identifié, mais la SNCB a décidé de porter plainte tant pour le caractère antisémite de l'annonce que pour l'utilisation abusive du matériel de la société. S'il est retrouvé et condamné, le fauteur de troubles risque jusqu'à un an de prison. Ce qui serait amplement mérité, vu la gravité des faits.

Mais cet individu est-il seulement conscient d'avoir franchi une ligne rouge, d'avoir commis un délit? Nous ne le savons évidemment pas, mais il est possible que non, et c'est bien là le plus inquiétant. Plus le temps passe, plus le souvenir de la Shoah s'estompe dans la mémoire collective. "Le bourreau tue toujours deux fois, la seconde fois par l'oubli", écrit Élie Wiesel. Voilà pourquoi il est de notre devoir à tous de lutter contre les tentatives d'oubli, de banalisation et de falsification, contre tous ceux qui cherchent à gommer cette vérité insoutenable. Car si nous ne racontons pas inlassablement aux jeunes générations ce qui s'est passé en Europe il y a 60 ans, comment sont morts six millions de femmes, hommes et enfants, simplement parce qu'ils étaient juifs, rien ne garantit qu'à l'avenir, nous ne commettions les mêmes horreurs, que nous ne reproduisions les mêmes erreurs. "Ceux qui ne peuvent se rappeler le passé", disait George Santayana, "sont condamnés à le répéter." Il suffit, pour s'en convaincre, de voir le score (6,9%) obtenu par le parti néonazi Chryssi Avghi (Aube dorée), lors des législatives du 6 mai dernier, en Grèce. Une bien triste nouvelle pour la démocratie.

Nous ne pouvons donc que saluer l'initiative de l'Institut des Vétérans, de la Fédération internationale des Résistants et de la Fondation Auschwitz qui, deux jours après l'incident de la SNCB (heureux hasard du calendrier), ont emmené par train 1.000 jeunes européens de Bruxelles à Auschwitz pour commémorer la victoire des Alliés sur l'Allemagne nazie, le 8 mai 1945 (cf. Dimanche Express 17). En effet, toutes celles et tous ceux qui ont eu l'occasion de visiter le camp d'extermination en sont revenus bouleversés. Malheureusement, il semble que le tourisme de masse soit en train d'en tuer peu à peu l'esprit et qu'il y soit pratiquement devenu impossible de se recueillir. Preuve qu'il faut redoubler de vigilance et d'effort si l'on ne veut pas voir cette sombre page de notre histoire s'enfoncer toujours plus dans les limbes de l'oubli.

Catégorie : L'actu

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