D. Reynders : « la politique étrangère belge se base d’abord sur les droits de l’homme ! »


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D. Reynders : « la politique étrangère belge se base d’abord sur les droits de l’homme ! »
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
5 min

Après sa visite au Vatican, Didier Reynders, ministre des Affaires étrangères, s’est réjoui de l’entretien qu’il a eu avec le Cardinal Bertone, Secrétaire d’Etat du Saint-Siège ; entretien qu’il a qualifié de franc et positif. L’occasion de faire aussi le tour d’horizon de la politique étrangère belge avec le responsable de notre diplomatie, en abordant des sujets comme l’Europe, le printemps arabe, l’Afrique centrale et le Congo.

A la question de savoir s’il existe une réelle politique étrangère, claire et parfaitement définie, le ministre Reynders répond sans détour positivement. Certes, l’environnement international a bien changé au fil des dernières années, mais la politique étrangère de la Belgique reste basée sur deux principes fondamentaux : le respect des droits de l’homme et mener une diplomatie économique qui favorise précisément ce respect des droits humains.

« Ne pas avoir sa langue en poche »

« Nous devons tenir un message qui porte sur des valeurs universelles, axées sur la démocratie, le dialogue et l’intégration régionale entre des pays qui étaient auparavant en conflit. Sans donner de leçon. Je l’ai redit lors de ma visite en Afghanistan la semaine dernière », insiste le ministre, qui précise que lorsqu’on parle de droits de l’homme, il faut mettre aussi en avant les droits des femmes et des enfants. En filigrane de ces grands thèmes figurent aussi l’abolition de la peine de mort et la lutte contre les armements inacceptables comme les mines anti-personnelles ou les bombes à sous-munition. Un discours clair et ferme que le chef de la diplomatie du royaume s’emploie à répéter à ses différents interlocuteurs aux quatre coins du globe. Et de citer par exemple, le « printemps arabe » : « J’ai insisté auprès des nouveaux dirigeants de ces pays à veiller à bien séparer l’Eglise et l’Etat et à respecter la situation des femmes. Bien sûr, il faut tenir compte des réalités des pays et des grands enjeux, mais il faut être cohérent dans le discours.»

Ayant aussi en charge le commerce extérieur et les affaires européennes, Didier Reynders parle aussi de la diplomatie économique : « Les droits de l’homme progressent, là où la misère régresse. Un pays s’ouvre à une logique démocratique, si l’économie s'améliore». Et le ministre d’estimer que les deux aspects sont compatibles et complémentaires. Mais il reconnaît que la démarche n’est pas simple car il faut à la fois ne « pas avoir sa langue en poche » et d’autre part « ne pas faire preuve de fausse pudeur sur le plan économique », car aider au développement doit être à la fois profitable au pays concerné et à nos entreprises. Didier Reynders se réjouit de ce qu’aujourd’hui, on prenne des sanctions à l’égard des régimes qui ne respectent pas les droits fondamentaux des êtres humains.

Grèce : en finir avec le déséquilibre fiscal

Pourtant, en Grèce, on constate que les plans de sauvetage de l’Europe et du FMI créent un appauvrissement, qui provoque un rejet de la classe politique par un vote extrémiste. « C’est exact, mais l’appauvrissement ne vient pas des plans d’aide. Il y a en Grèce un déséquilibre fiscal, qui fait que des grandes fortunes ne paient pas ou peu d’impôts. Est-il normal que l’Eglise orthodoxe qui est le plus grand propriétaire terrien grec, ne paie pas d’impôts ? Avez-vous vu la prestation des ministres grecs ? Cela se passe dans une église en présence des dignitaires ecclésiastiques. Voilà pourquoi je plaide pour une séparation de l’Eglise et l’Etat ». Concernant l’aide à la Grèce, Didier Reynders souhaite que le nouveau président français élu dise clairement ce qu’il envisage.

Lorsqu’il s’est rendu au Vatican, Didier Reynders a parlé d’avoir « renoué des relations avec le Saint-Siège ». « Effectivement, il n’y avait pas de relation. Lorsque j’ai pris mes fonctions, j’ai été surpris qu’aucun des mes prédécesseurs récents n’avait fait cette démarche, à l’exception pour certains de demander une audience au pape. Mais, la diplomatie consiste à rencontrer l’autorité chargée de cette problématique. J’ai aussi été le premier responsable belge des affaires étrangères à rencontrer l’Ordre de Malte depuis… l’indépendance de la Belgique ! ».

« Certains propos de dignitaires religieux belges heurtent ! »

Il précise qu’il a souhaité ce contact avec le cardinal secrétaire d’Etat pour éviter de parler par presse interposée. « Avec le Vatican, comme avec d’autres états, nous devons nous dire les choses en direct. En Belgique, il y a un débat sur la place de l’Eglise et ce message n’est pas porté par les politiques », dit encore le chef de la diplomatie, ajoutant : « Certaines déclarations de dignitaires religieux belges heurtent car elles stigmatisent une partie de la population. Je parle des propos tenus sur les homosexuels, les préservatifs, les dossiers de pédophilie, etc. »

Même si les autorités ecclésiales belges ont fait un grand pas en avant pour collaborer avec la justice, pour reconnaître leur part de responsabilité et demander pardon, Didier Reynders regrette que l’Eglise « n’ait pas ouvert plus vite ses portes ». Il précise qu’il voulait le dire au Vatican, mais qu’il souhaitait affirmer que la Belgique et le Saint-Siège avaient beaucoup de sujets communs à défendre dans le monde et qu’il convenait donc de voir comment travailler ensemble en matière de défense des droits humains et de respect de la dignité. « Il y a une réelle volonté de collaborer de part et d’autre et je m’en réjouis ».

Ramener le Congo sur la scène internationale

Enfin, dernier thème abordé : la République démocratique du Congo. Le ministre belge s’y rendra encore en août prochain. Il se félicite de ce que le nouveau gouvernement congolais soit composé de gens reconnus internationalement pour leurs compétences. Il regrette que lorsque les occidentaux ont des problèmes chez eux, comme celui de la crise bancaire, l’Afrique centrale est écartée des agendas. « Nous avons un rôle important à jouer dans cette région et particulièrement au Congo. Nous devons rester vigilants pour l’avenir mais aussi être aux côtés des responsables congolais pour saisir les opportunités de faire progresser le pays. Arrêtons cette politique amour-haine. La Belgique a un rôle essentiel pour ramener le Congo dans les discussions de la communauté internationale et pas seulement pour émettre des critiques. Le Président Kabila m’a confirmé qu’il ne briguerait pas un troisième mandat et qu’il respecterait la constitution. Il a donc toutes les opportunités de laisser son empreinte dans l’Histoire du pays », conclut le ministre Reynders.

Jean-Jacques Durré

Vous pourrez lire l'intégralité de l'interview du ministre Reynders dans l'hebdomadaire Dimanche n° 20 du 27 mai 2012

Photo: Jean-Pol Schrauwen, photographe de Didier Reynders


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