Une fatwa du grand mufti d’Arabie saoudite fait polémique


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Une fatwa du grand mufti d’Arabie saoudite fait polémique
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
3 min

Au mois de mars dernier, Abdulaziz Ibn Abdullah al-Cheikh, le grand mufti du Royaume d'Arabie saoudite, a émis une fatwa dans laquelle il appelle à la destruction de toutes les églises de la péninsule arabique. Une telle déclaration est inacceptable, estiment les évêques allemands et autrichiens, qui craignent des représailles à l'égard des chrétiens de cette région.

Le cheikh Abdulaziz Ibn Abdullah al-Cheikh – un leader religieux influent de la mouvance wahhabite (islam rigoriste) – a récemment déclaré à un groupe de députés koweitiens qu'il était interdit de construire sur la péninsule arable, et donc dans les États du Golfe, de nouvelles églises. Il a également appelé à la destruction de celles déjà existantes, car "il y en a beaucoup trop", estime-t-il. Il faut effectivement savoir que si l'Arabie saoudite interdit tous les bâtiments de prière non musulmans sur son territoire, il existe des églises pour les minorités chrétiennes aux Emirats arabes unis, au Qatar, au Koweït, à Bahreïn, à Oman et au Yémen.

Inacceptable et incompréhensible

"Une telle déclaration est pour nous complètement inacceptable et incompréhensible", ont déclaré les évêques autrichiens, qui rappellent que le roi Abdallah a participé en 2008 à Madrid à un congrès pour le développement du dialogue interreligieux. "Dans une période comme celle-ci, où les révolutions arabes créent des troubles dans toute la région, de telles déclarations n'aident pas les gens. Nous demandons une explication officielle et une affirmation claire du droit d'exister des Églises et des chrétiens dans cette région", exigent-ils.

Même indignation du côté des évêques allemands, pour qui cet avis juridique est un inacceptable déni des droits humains de millions de travailleurs étrangers actifs dans la région du Golfe. Aux yeux de Mgr Robert Zollitsch, président de la Conférence épiscopale allemande, l'auteur de cette fatwa "ignore le respect de la liberté de religion et la cohabitation pacifique des religions".

Quant à Mgr Paul Hinder, vicaire apostolique d'Arabie du Sud, il ne souhaite pas jeter de l'huile sur le feu, en réagissant trop fort face à cette fatwa, mais relève que celle-ci a été plus ou moins ignorée par les médias arabes. Pour lui, cette attitude a été adoptée à dessein, ce qui est plutôt un signal positif pour les chrétiens. Le journaliste italien Giulio Meotti, par contre, est beaucoup plus inquiet. "Cette fatwa est comme l'Iran d'Ahmadinejad appelant à la destruction de l'État d'Israël", a-t-il écrit dans "Il Foglio". "Les juifs et les chrétiens sont aujourd'hui la cible d'un nouveau génocide imminent."

Des musulmans condamnent

Dans la communauté musulmane, des voix s'élèvent également pour dénoncer cette fatwa. Ainsi, chez nous, le Conseil consultatif des mosquées de Molenbeek a souhaité réagir. "C’est un manque de respect pour des pratiques et des croyances des autres", fait-il savoir dans un communiqué. " Aujourd’hui, certains musulmans interprètent malheureusement l’Islam sans se référer à ses sources fondamentales et au consensus des savants et oulémas de l’Islam. On espère que des savants musulmans répondent par fatwas à ces propos intolérables et inadmissibles."

P. A.


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