La prison de Forest est en forte surpopulation avec 725 détenus pour 405 places. Deux ailes du bâtiment affichent même un taux de surpopulation de 235 %.
Un appel a été lancé par le barreau de Bruxelles, la Commission de surveillance de la prison, l'Association syndicale des magistrats, la section belge de l'Observatoire internationale des prisons et la Ligue des droits de l'homme. Dans son communiqué, l’OIP (Observatoire international des prisons) insiste sur le fait que la surpopulation actuelle de la prison de Forest a des conséquences lourdes sur le quotidien des détenus.
Des cellules prévues pour un ou deux détenus en accueillent trois, ce qui signifie que des détenus dorment sur un fin matelas qui doit être redressé la journée pour pouvoir ouvrir la porte ou atteindre le seau hygiénique unique. Les transferts vers le palais de justice ou encore les visites des avocats sont fortement ralentis au point de devoir parfois attendre près de deux heures avant de voir un détenu. Les intervenants externes (psychologues et assistants sociaux) n’ont plus du tout accès aux détenus en raison de l’impossibilité affirmée par les agents pénitentiaires d’assurer l’ensemble des mouvements.
La santé des détenus mise à mal
Le droit à la santé est bafoué : l’isolement complet de neuf suspicions de tuberculeux n’a pas pu être assuré, en février plusieurs cas de gale ont été détectés. Et de manière plus générale, les normes les plus élémentaires d’hygiène font défaut en raison de l’exiguïté des lieux de vie, de l’impossibilité d’assurer les mouvements vers les douches pour tous les détenus, du manque de linge (vêtements et sous-vêtements détenus, couvertures, draps….).
Cette surpopulation rend encore plus difficile à vivre l’insalubrité de la prison tant pour les détenus que pour les agents : des murs et plafonds s’effondrent, la cuisine est actuellement fermée pour travaux exigés par les services de l’afsca qui reviendra en vérifier la conformité le 26 mars, les douches tombent régulièrement en panne : notamment pendant 10 jours aucune douche des ailes A et B ne fonctionnait….
Des solutions urgentes
Le dernier rapport du CPT du Conseil de l’Europe publié en juillet 2010 constatait encore la gravité de la surpopulation pénitentiaire en Belgique. Il indiquait : « Le fait de construire de nouvelles prisons « n'est pas susceptible, en soi, de résoudre durablement le problème de la surpopulation. En effet, il a été observé dans nombre de pays - y compris en Belgique - que la population carcérale a tendance à augmenter au fur et à mesure que la capacité carcérale s’accroît. » Or, le Master Plan 2008-2012 prévoit, comme principale mesure pour lutter contre la surpopulation, d'augmenter la capacité carcérale de plus de plus de 2000 places d'ici à fin 2012.
Le CPT a rappelé que des politiques résolues et cohérentes de limitation du nombre de personnes en détention apparaissent comme beaucoup plus efficaces en terme de réduction de la surpopulation. Il a été demandé à l’Etat belge ce qu’il en était à cet égard. L’Etat belge a répondu être conscient que la simple augmentation du parc pénitentiaire ne suffit pas à résoudre le problème de la surpopulation. Il a souligné avoir toujours mené une politique pénale ouverte et a illustré son propos en renvoyant à la loi de 1964 sur le sursis, la suspension et la probation et à la loi de 2002 sur la peine de travail autonome.
Les causes de la surpopulation sont connues : augmentation des mises en détention préventive et de leur durée, arriéré judiciaire du tribunal d’application des peines, multiplication des longues peines (les juges prenant en compte dans leurs délibérés les possibilités de libération conditionnelle alors que dans la pratique elles sont de moins en moins accordées), refus systématique des grâces, présence de catégories de détenus n’ayant rien à faire en prison (toxicomanes, malades mentaux, etc.).
Que fait l’Etat belge pour y remédier ? L’OIP dénonce : - le manque de mise en place d’une politique pénale cohérente visant à désengorger les prisons. Au contraire, les priorités annoncées par le gouvernement (dont l’instauration d’une peine de sûreté) aggraveront la surpopulation carcérale. L’insalubrité choquante de la prison de Forest met chaque jour en danger la vie des détenus et du personnel et viole de nombreux droits fondamentaux. Reste à voir aujourd’hui quelle réponse rapide et concrète le gouvernement pourra-t-il donner face à cette situation de crise.
OIP/ MVL

