Le marronnier qui cache la forêt


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Le marronnier qui cache la forêt
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
2 min

Editorial du Pascal André paru dans le "Dimanche Express" n°6 du 12 février :

Dans le langage journalistique, le marronnier est un article consacré à un événement récurrent et prévisible, comme la rentrée des classes, les fêtes de fin d'année ou les vacances estivales. La problématique des sans-abri appartient malheureusement, elle aussi, à cette catégorie. Chaque année, dès les premiers assauts de l'hiver, ce sujet revient à la Une de nos journaux, suscitant les mêmes commentaires indignés: "C'est inadmissible", "Il est urgent d'agir", "Personne ne devrait dormir dans la rue", etc. Ces réactions sont compréhensibles et il est même heureux que la situation tragique de ces personnes en suscite encore autant aujourd'hui. Peut-être parce qu'avec la crise économique actuelle, la rue n'a jamais paru aussi proche de notre porte.

Cet élan de solidarité, malheureusement, retombe très vite, une fois la période de gel terminée. Comme si, tout à coup, il n'y avait plus lieu de s'inquiéter pour ces hommes, ces femmes et ces enfants privés de la sécurité la plus élémentaire: un toit au-dessus de leur tête. Pourtant, contrairement à ce qu'affirme Charles Aznavour dans l'une de ses chansons, la misère n'est pas moins pénible au soleil. Certes, le risque de mourir dans la rue est moins élevé en été qu'en hiver, mais cela ne rend pas pour autant le sort des sans-abri plus enviable. C'est toute l'année qu'ils luttent pour survivre et s'inquiètent de savoir s'ils trouveront un lieu pour dormir, manger ou se laver. Oui, je sais, je ne vous apprends rien. Cette évidence, les journalistes nous la rappellent également chaque hiver. Un autre marronnier, en quelque sorte. Dommage d'ailleurs que ce sujet en soit devenu un, car c'est toute l'année qu'il faudrait interpeller nos responsables politiques. Au moins jusqu'à ce qu'une solution durable soit apportée à cette problématique.

Il est, en tout cas, difficile de croire qu'un pays riche comme le nôtre – car, jusqu'à preuve du contraire, il l'est toujours – ne puisse pas procurer un logement décent aux quelques milliers de personnes qui vivent dans la rue, qu'il s'agisse de SDF ou de demandeurs d'asile. En fait, si nous en sommes toujours là aujourd'hui, c'est tout simplement parce que la lutte contre la grande pauvreté ne figure pas parmi nos priorités. Et il est inutile de jeter la pierre à nos édiles: ceux-ci ne sont jamais que les représentants de celles et ceux qui les ont portés au pouvoir nos porte-parole en quelque sorte. Si nous voulons que cela change, c'est donc à nous de le leur faire savoir, et pas uniquement en hiver.


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