Editorial du P. Charles Delhez, paru dans "Dimanche Express" n°39 du 6 novembre 2011 :
Le 31 octobre est la date symbole du passage de notre planète à 7 milliards d’habitants. Et comme si le chiffre n’était pas suffisamment impressionnant, on nous parle déjà des 9,6 milliards pour 2050: un ralentissement, mais quand même! En effet, nous étions 6,1 milliards en 2000, entre 1,55 et 1,76 milliard en 1900 et de 600 à 679 millions vers 1700, au début du siècle des Lumières. C’est donc au XXe siècle que la croissance s’est emballée. Le sommet a été atteint vers 1960 avec une croissance annuelle de 2% et celle-ci n’est plus que de 1% aujourd’hui. Un peu partout, le taux de fécondité est en baisse. Le monde s’acheminerait vers une stabilité de sa population.
Mais tous ces humains sont-ils égaux? À en croire Jean Ziegler, non. Son dernier livre parle de destruction massive. C’est ainsi qu’il qualifie les famines actuelles qui sévissent sur notre terre, alors que d’autres régions sont dans l’abondance et le gaspillage (les nôtres donc, même s’il y a des Européens qui vivent dans la rue et à la portion congrue). Pourtant, il semble bien que nous ayons de quoi nourrir tous les Terriens…
S’il y a encore des “sous-humains” au bas de l’échelle – la pauvreté de l’alimentation entraîne des retards intellectuels et physiques graves –, au sommet de l’échelle, on nous prépare paraît-il des “transhumains”. Une nouvelle espèce serait occupée à apparaître, celle de “l’homme augmenté”. Geneviève Férone et Jean-Didier Vincent, dans un tout récent livre, “Bienvenue en transhumanie”, paru chez Grasset, nous mettent en garde: la convergence technologique va accroître de manière exponentielle nos capacités créatrices. Et ce n’est pas que du futur. Ainsi l’univers boursier est déjà un monde d’addiction, dopé par l’utilisation massive de drogues. Il existe aussi de nouvelles enzymes destinées à favoriser le métabolisme musculaire. On n’est pas loin de la création du vivant artificiel. Nous sommes entrés dans l’ère des NBIC, pour "Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique et sciences Cognitives". Nous remodelons notre propre espèce, avec les risques de l’apparition de deux types d’humains: les “améliorés” et les autres…
L’être humain a cette caractéristique de ne pas être programmé, mais de se faire lui-même. Il est responsable de sa propre nature. Quel homme voulons-nous donc? Et pour qui?
