Dimanche 23 octobre, les premières élections libres en Tunisie depuis la fuite de Ben Ali ont rassemblés une grande partie de la population tunisienne. Si les résultats sont pour l'heure officiellement inconnus, c'est le parti islamiste qui est donné gagnant. Explication.
La Tunisie ou le plus petit état du Maghreb. Ce fut néanmoins le premier pays arabe, depuis les années 1980, à se débarrasser d’un dictateur par la mobilisation de la rue. Ben Ali s’est enfui en Arabie Saoudite le 14 janvier dernier après la Révolution des Jasmins. Un grand vide politique s'ensuivit. Le mouvement d'origine populaire s’essoufflait ; les prédateurs opportunistes plaçaient leurs pions. Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste tunisien Ennahda, interdit sous Ben Ali, fit un retour très médiatisé le 30 janvier à Tunis, après plus de 20 ans d’exil à Londres.
9 mois plus tard, le 23 octobre, 7 millions d'électeurs tunisiens étaient aux urnes pour élire une Assemblée constituante, rapporte Le Soir. Le lendemain, le parti Ennahda arrivait déjà en tête dans 24 des 27 circonscriptions du pays (chiffres La Croix).
Alors, usurpation de pouvoir ? Communication démagogique ?
Selon le journal français La Croix, le parti islamiste tunisien serait le plus crédible et le plus proche de la population, notamment après avoir œuvré tel l'État providence auprès de la population défavorisée. « C’est un vote contre le passé, analyse le juriste et universitaire Kais Saied, interrogé par La Croix. Il estime, cependant, que le parti est loin d’avoir clarifié ses positions, idem pour les origines de ses financements. Quant à Yadh Ben Achour, ex-président du gouvernement provisoire, il se veut rassurant face au raz de marée islamiste annoncé dans les urnes. Les résultats officiels seront connus dans la journée de mardi 25 octobre.
En attendant, la Tunisie post-Ben Ali est encore bien incertaine. Les violations des droits de l’homme, les frustrations, les injustices, les discriminations, sont un terreau idéal pour le développement du terrorisme. Gageons que la future Assemblée constituante sera à même d’entendre les paroles du poète Abou El Kacem Chebbi, intégrées à la fin de l'hymne national tunisien : « Lorsqu'un peuple veut la vie, force est au destin de répondre, aux ténèbres de se dissiper, aux chaînes de se rompre ! »
Lacroix/A.L
