Sur les quelque 6.400 détenus libérés, les prisonniers de conscience ne sont que quelques centaines. Ces chiffres diffèrent selon les sources. D'après les responsables de l'administration pénitentiaire, les amnistiés politiques seraient 300. Pour l'Assistance Association of Political Prisoners Burma (AAPP), une ONG basée en Thaïlande, leur nombre s'élèverait entre 200 et 220. Et les dissidents les plus influents sont restés derrière les barreaux. Un "oubli" que soulignent également "Human Rights Watch" (HRW), "Info Birmanie" et "Amnesty International". En mai dernier, sur les 14.000 prisonniers libérés, on comptait seulement 47 détenus politiques. Par ailleurs, le gouvernement birman n'a donné aucune indication quant aux conditions de libération des dissidents.
Le père Christopher Raj, directeur de la Karuna (Caritas) du diocèse de Lashio, craint que l'amnistie ne soit destinée qu'à séduire la communauté internationale. La majorité des prisonniers relâchés le 12 octobre ne semblent pas aussi "dangereux" pour le pays que le prétendent les autorités. Il a fait remarquer que les plus importants détenus politiques - U Shin Gambira, le moine bouddhiste qui avait pris la tête du mouvement de la révolution safran en 2007, Min Ko Naing du groupe "Generation 88" ou le dirigeant shan U Khun Tun Oo - sont toujours derrière les barreaux.
Mgr Raymond Saw Po Ray, évêque de Mawlamyine et directeur de la Commission épiscopale "justice et paix", attend de vérifier dans la durée la "volonté réelle" du nouveau gouvernement. "Aussi longtemps que nous en serons au stade de la confrontation, nous n'obtiendrons ni la paix, ni la prospérité. Les deux parties, le gouvernement et l'opposition, doivent arriver à se réconcilier et, si possible, apprendre à travailler ensemble, afin de construire, étape après étape, notre futur", a-t-il affirmé.
Le 13 octobre, le secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-moon, s'est félicité de la libération de "quelques prisonniers politiques". Il a invité le gouvernement birman à amnistier rapidement l'ensemble des prisonniers de conscience. Les Etats-Unis, le Canada, le Danemark, l'Australie et l'Union européenne ont rappelé que la libération de tous les détenus politiques faisait partie des conditions préalables à la levée des sanctions internationales contre Naypyidaw, au même titre que la mise en place de réformes profondes dans les domaines politique, économique, social et judiciaire.
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