Editorial du P. Charlez Delhez, paru dans le "Dimanche Express" n°34 du 2 octobre 2011 :
En marge du troisième voyage du pape dans son pays natal – voyage dont on peut louer les initiatives œcuméniques et interreligieuses et entendre certaines interpellations fortes (lire p.7) –, il faut pouvoir évoquer la douloureuse question de la “révolte des prêtres” et de leur “appel à la désobéissance”, née en Autriche (voir Dimanche n°31) et qui gagne notamment l’Église d’Allemagne.
Qu’il faille parfois désobéir, c’est certain. Jésus le fit et on en sait le prix. Le tout est de ne pas toucher à l’essentiel. Le Concile a rappelé que tout n’était pas à mettre sur le même pied dans l’héritage reçu. C’est peut-être la tâche de notre époque de redécouvrir, avec plus de clarté, le cœur de ce message transmis par vingt siècles de traditions. Jésus ne comparaît-il pas le Royaume à un filet dans lequel le pêcheur fait le tri (Mt 13, 47-49)? Que de richesses, mais aussi que d’ajouts secondaires qui, à la longue, le desservent. Tout ce que ces “contestataires” demandent n’est pas nécessairement “contre la foi et les mœurs”. Puisse-t-on entendre dans leur appel ce que l’Esprit dit aux Églises (Apocalypse 2, 7).
L’Église d’Allemagne “est au plus mal”, titrait "Le Figaro". Benoît XVI en est bien conscient. Il y a plus de départs que de baptêmes. Le malaise est profond dans nos Églises européennes. Alors que le front “intégriste” fait beaucoup parler de lui, c’est sans doute du côté “progressiste” qu’il faut être inquiet. Un schisme emporterait de vastes pans de l’Église. Les attentes exprimées par ces “prêtres rebelles” rejoignent en effet celles d’un très grand nombre de chrétiens, à en croire les sondages en Autriche et ailleurs. Pour le moment, heureusement, cette contestation ne remet pas la communion en question. Malgré les apparences, c’est la force de l’Église: rester une tout en étant beaucoup plus diverse qu’on ne le croit. Mais elle sera sans doute appelée à évoluer davantage de manière différentielle selon les latitudes et à découvrir une unité qui ne craint pas les différences. Il s’agit de permettre à chacun de vivre sa foi selon l’étape historique de son continent.
En attendant, ces questions internes retardent la question essentielle, l’annonce de la Bonne Nouvelle, en priorité aux pauvres, en paroles et en actes. Ne seraient-elles pas le BHV de l’Église? Or, en Belgique, on en est sorti. Pourquoi pas dans l’Église?


