Editorial du P. Charles Delhez, paru dans le "Dimanche Express" n°31 du 11 septembre 2011:
Le nouveau pape ne se présente pas au balcon ! Il veut renoncer à sa charge, parce que trop lourde. Et il disparaît. Telle est l’intrigue de "Habemus Papam !", le film de Nanni Moretti qui sort sur nos écrans cette semaine (voir p.3 ).
En fait, jamais pareille situation ne s’est présentée. Or les responsabilités qui pèsent sur les épaules d’un seul homme sont de plus en plus grandes. Plus d’un milliard de catholiques et des liens diplomatiques avec un nombre croissant d’États. Ce film-ci — bien sympathique, à notre estime — est donc de la pure fiction et nous ne pouvons que remercier ceux qui, jusqu’à présent, ont accepté cette tâche. Sans doute, comme tous les cardinaux du film, se disaient-ils, juste avant leur élection : "Non, pas moi, Seigneur !" La papauté est une chance — une grâce. Dans un monde éclaté, l’Église, malgré toutes ses divisions, parvient à maintenir une réelle communion entre croyants de tous les continents et de toutes conditions sociales. Certes, les tensions ne manquent pas, mais n’est-ce pas un gage de vitalité ?
Si le réalisateur, qui ne se cache pas d’être athée, veut faire entendre une question, c’est sans doute celle-ci : manifestement, les cardinaux du conclave se sont trompés. Tout pape voyant dans son élection la main de Dieu, ne serait-ce pas Dieu lui-même qui a fait un mauvais choix ? Traduisez : l’institution est-elle aussi divine qu’elle veut bien le faire croire ? Chacun répondra selon sa foi. Mais il serait de mauvaise foi de croire que si l’institution est bien divine, elle ne se trompe jamais. L’histoire de l’Église l’illustre à l’envi. Croire en Dieu ne dispense pas des médiations humaines, avec leurs fragilités.
Notre monde se transforme profondément, à des rythmes différents selon les lieux et les couches sociales. Il n’est pas possible d’être l’Église du Christ à l’époque moderne comme on l’était à la Renaissance. Des changements doivent intervenir. “J’écoute la requête qui m’est adressée de trouver une forme d’exercice de la primauté ouverte à une situation nouvelle, mais sans renoncement aucun à l’essentiel de sa mission", disait Jean-Paul II. De nombreuses voix s’élèvent en effet, plaidant pour une décentralisation qui revalorise les Églises locales. Dès le début, le collège des douze apôtres était comme la figure d’une Église appelée à articuler unité et diversité. Un défi, aujourd’hui.
Charles DELHEZ


