Les politiciens doivent se garder de céder à la séduction du succès et s’appliquer "à servir le droit et combattre la domination de l’injustice". C’est ce qu’a affirmé Benoît XVI devant les députés du Bundestag de Berlin, dans l’après-midi du 22 septembre 2011.
Pour le pape, c’est un devoir particulièrement important à l’heure actuelle "où l’homme a acquis un pouvoir jusqu’ici inimaginable" et peut détruire le monde. Néanmoins, dans l’un des discours les plus importants du voyage qu’il accomplit dans son pays natal, Benoît XVI a concédé qu’il était aujourd’hui de plus en plus difficile de "reconnaître ce qui est vraiment juste et servir ainsi la justice dans la législation".
Les fondements de l'Etat de droit libéral
Devant plusieurs centaines de députés allemands, et en l’absence de dizaines de députés de gauche, le pape a ainsi proposé un long discours sur "les fondements de l’Etat de droit libéral". A son arrivée dans la grande salle du parlement, le pape a été chaleureusement accueilli par une majorité de députés. Sur le côté gauche de l’hémicycle, les députés de gauche présents n’applaudissaient pas et se tenaient les bras croisés. Ils entendaient protester ainsi contre la venue de Benoît XVI au Bundestag.
La politique, a ensuite assuré Benoît XVI dans son discours, "doit être un engagement pour la justice" et doit "créer ainsi les conditions de fond pour la paix". "Naturellement, a concédé le pape, un politicien cherchera le succès qui en soi lui ouvre la possibilité de l’action politique efficace", mais "le succès peut aussi être une séduction et ainsi il peut ouvrir la route à la contrefaçon du droit, à la destruction de la justice".
Le droit piétiné durant le nazisme
Parlant alors précisément de son pays, le pape a rappelé que l’Allemagne avait "fait l’expérience de séparer le pouvoir du droit, de mettre le pouvoir contre le droit, de fouler du pied le droit". Dès lors, "l’Etat était devenu une bande de brigands très bien organisée", a ajouté le pape en citant une expression de saint Augustin (354-430).
"Dans un moment historique où l’homme a acquis un pouvoir jusqu’ici inimaginable" et peut détruire le monde, il est donc urgent, selon Benoît XVI, que les hommes politiques "s’appliquent à servir le droit et combattre la domination de l’injustice"
Si, pour une grande partie des matières à réguler juridiquement, le critère de la majorité peut être suffisant, le principe majoritaire ne suffit pas pour "les questions fondamentales du droit", a prévenu le pape, ajoutant que, "sur la base de cette conviction, les combattants de la résistance ont agi contre le régime nazi et contre d’autres régimes totalitaires". "Pour ces personnes, il était évident de façon incontestable que le droit en vigueur était, en réalité, une injustice".
Mise en garde contre une domination de la pensée positiviste
Dans la dernière partie de son discours au Bundestag, Benoît XVI a mis en garde contre les dangers liés à une trop grande domination de la pensée positiviste dans la société européenne. Sur le Vieux continent, a constaté Benoît XVI, "de vastes milieux cherchent à reconnaître seulement le positivisme comme culture commune et comme fondement commun pour la formation du droit, alors que toutes les autres convictions et les autres valeurs de notre culture sont réduites à l’état d’une sous-culture". Benoît XVI a lancé cet avertissement: "L’Europe se place, face aux autres cultures du monde, dans une condition de manque de culture" et, en même temps, "des courants extrémistes et radicaux sont suscités".
Lire le discours intégral du pape au Bundestag le jeudi 22 septembre 2011 Discours au Bundestag
Ctb/apic/imedia/bl

