"Nous avons dans notre diocèse 9 ex-franciscains "suspens a divinis" qui exercent leur ministère alors qu’ils ont été expulsés de leur ordre… Dans 5 paroisses, ils se sont emparés de l’église et des registres paroissiaux; quelque 10 à 15.000 paroissiens les suivent!" Mgr Ratko Peric, l’évêque de Mostar, est contrarié. Il attend une réaction de Rome qui tarde à ses yeux.
Le conflit qui dure depuis des années dans le diocèse de Mostar-Duvno, entre une poignée de franciscains dissidents et le diocèse catholique du sud de la Bosnie-Herzégovine confine à un "schisme", peut-on lire sur le site de ce diocèse qui fait frontière avec la Croatie. Mgr Peric, 67 ans, est à la tête de l’Eglise locale depuis 1993. Outre ses préoccupations concernant le phénomène des "apparitions de Medjugorje" (1), à quelque 20 kilomètres au sud-ouest de Mostar, Mgr Peric doit faire face depuis une bonne dizaine d’années à la rébellion d’une poignée de franciscains qui n’obéissent ni à l’évêque diocésain, ni au Saint-Siège, ni à la Curie générale de l’ordre des franciscains à Rome. Ce long conflit, dont on ne voit pas la fin, est désigné depuis des années sous le vocable d’"Affaire d’Herzégovine".
Ils se disent persécutés par l’évêque et par Rome
"Ces franciscains rebelles n’ont plus aucun contact avec la maison provinciale à Mostar et l’ordre à Rome. Le Vatican connaît la situation, mais n’a pris encore aucune mesure concrète… Rome espère que les prêtres saisissent leur chance de rester au sein de l’Eglise!", lâche Mgr Peric. Qui constate que même s’ils se font réduire à l’état laïc, ces dissidents vont rester et continuer leur œuvre de division au sein du diocèse.
Depuis 11 ans, le diocèse a rétabli les registres confisqués, et les paroissiens qui désirent se marier à l’Eglise doivent "refaire" leur confirmation s’ils ont été confirmés de façon illicite et invalide par des "dissidents". Les franciscains rebelles avaient ainsi invité un "évêque anonyme" en octobre 1997 pour confirmer plus de 400 enfants! Il s’était avéré qu’un franciscain s’était alors présenté de "façon blasphématoire" comme un évêque: il a été finalement expulsé de l’ordre des franciscaines, poursuit Mgr Peric.
"Nous bénéficions du soutien du Saint-Siège, qui nous a donné raison, mais sur le terrain, dans la pratique, rien ne change. Les fidèles finissent par se demander si le Vatican est si faible qu’il ne peut rien faire pour résoudre ce conflit", regrette l’évêque de Mostar-Duvno. Pour Mgr Peric, "c’est cependant une question de génération, car les jeunes diacres et prêtres franciscains sont actuellement ordonnés par l’évêque de Mostar". Signe d’espoir que ce long conflit va un jour prendre fin: les relations entre l’évêque et le provincialat des franciscains à Mostar sont désormais qualifiées de bonnes.
(1) La Commission internationale d’enquête sur les apparitions supposées de la Vierge à Medjugorje, nommée par Benoît XVI au début de l’an 2010 et présidée par le cardinal Camillo Ruini, vicaire émérite du pape pour le diocèse de Rome, est "encore loin" de pouvoir publier une première évaluation. C’est le cardinal Camillo Ruini qui l’a déclaré à la presse le 14 juin 2011.
Pour Mgr Peric, depuis le début jusqu’à ce jour, l’Eglise de Mostar a répété clairement et de façon constante: "Non constat de supernaturalitate"! (L’origine surnaturelle des faits n’est pas reconnue). Répétant la déclaration de Zadar du 10 avril 1991 (La Conférence des évêques de l’ex-Yougoslavie déclarait alors que sur la base des investigations effectuées jusqu’ici il n’était pas possible d’affirmer qu’il s’agisse d’apparitions ou de révélations surnaturelles), Mgr Peric relève par conséquent qu’il ne doit pas y avoir de pèlerinages qui chercheraient à attribuer un caractère surnaturel aux apparitions, et qu’il n’y a pas de messages ni de révélations authentiques et encore moins de vraies visions.
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