Comme chaque été, la colline de Taizé s'inonde des jeunes venus des quatre coins de la planète. La joie les unit au Christ et au reste du monde. Mais face aux événements dramatiques de la semaine dernière en Norvège le sentiment qui domine en ce moment à Taizé est celui d'une grande solidarité avec tous ceux qui souffrent. Aujourd'hui vendredi 29 juillet, la colline gardera un silence très inhabituel à l'heure du repas de midi. Ci-dessous, la méditation hebdomadaire de Fr. Alois: "Dieu est auprès de ceux qui souffrent"
Ces semaines d’été nous sommes si nombreux, venant de tant de pays, et des différents continents. La joie d’être ensemble nous fait pressentir qu’une solidarité entre tous les humains existe, et qu’il est possible de prendre des responsabilités les uns pour les autres.
La semaine passée un jeune palestinien disait : « Nous sommes ici tellement nombreux et si différents les uns des autres, et pourtant nous sommes une seule famille. » Oui, le Christ nous rassemble dans une seule communion. C’est comme une petite Pentecôte. C’est la joie du Christ ressuscité qui nous unit.
Cette joie ne nous fait pas oublier les souffrances que nous voyons dans le monde. Au contraire, elle nous donne le courage de faire face aux situations difficiles. Ces jours nous prions tout particulièrement pour les victimes du terrible attentat en Norvège et pour leurs familles. Mais, bien sûr, nous prions aussi pour ceux qui souffrent de la famine à travers le monde, notamment en Somalie, au Kenya et en Éthiopie.
Face à l’incompréhensible souffrance des innocents nous restons souvent déconcertés. Et la question, le cri, qui traverse l’histoire humaine touche notre cœur à nous tous : où est Dieu ?
Comme chrétiens nous n’avons pas de réponse toute faite à cette question grave. Le Christ lui-même, l’envoyé de Dieu, n’a pas donné une explication, mais il a partagé cette interrogation avec nous jusqu’au dernier souffle de sa vie sur la terre.
Jésus nous a dit clairement que Dieu ne veut pas la souffrance. Pendant sa passion sur la croix, il a refusé le fatalisme et la passivité. Jusqu’au bout il a aimé et, malgré le caractère absurde et incompréhensible de la souffrance, il a gardé la confiance que Dieu est plus grand que le mal et que la mort n’aura pas le dernier mot.
Il me semble que nous pouvons, que nous devons suivre le Christ en cela : la réponse à la question de la souffrance n’est pas dans une idée ou dans une théorie. C’est par notre vie que nous pouvons y répondre. Notre réponse, à la suite du Christ, ne peut être qu’aimer davantage ceux qui nous sont confiés.
Nous voyons qu’en Norvège beaucoup savent exprimer leur solidarité profonde avec les familles qui ont perdu un des leurs. Nous voudrions que ce sens de la solidarité anime toute notre existence. Il y a tant de situations qui appellent une guérison, au loin ou tout près de nous.
Nous rendre proches de ceux qui sont dans la peine, aller simplement vers eux, même si nous ne savons pas à l’avance que dire ou que faire. Exprimer la compassion du cœur peut apporter un soulagement. Y aller avec la confiance du Christ que Dieu est là, auprès de ceux qui souffrent. Jésus s’est identifié avec les plus pauvres. Dans l’Évangile il nous dit cette parole : « Ce que vous avez fait à l’un des plus petits c’est à moi que vous l’avez fait. »
Demain, en solidarité avec les victimes de l’attentat en Norvège, nous garderons sur la colline le silence pendant toute la durée du repas de midi - c’est l’un de vous qui a proposé cela. La semaine prochaine, nous ferons la même chose en solidarité avec ceux qui souffrent de la faim à travers la terre. Demain donc, nous ferons ce geste inhabituel de prière : prendre tout le repas de midi en restant en silence.
A la fin de cette semaine trois jeunes rwandais qui auront passé ici trois semaines, un pasteur et deux prêtres, vont retourner dans leur pays. Avant leur départ je voudrais leur dire ceci : Nous admirons le courage de votre peuple. Après la grande épreuve, vous travaillez pour un avenir de justice et de paix. Notamment chez les jeunes il y a une soif de revivre, une soif de vivre.
Nous sommes heureux que l’année prochaine, en novembre, vous puissiez accueillir chez vous à Kigali notre 3e rencontre africaine. L’Afrique est si proche de l’Europe, et pourtant si loin, trop loin. La foi au Christ nous pousse à nous rejoindre les uns les autres, à exprimer notre solidarité et à célébrer la communion du Christ qui nous rassemble.
Hier à midi nous avons lu cette parole de la Bible : « Ta volonté, ô Dieu, est pour moi un chant ; je me rappelle dans la nuit ton nom. » Je voudrais terminer en lisant la prière que j’avais dite après cette lecture :
Dieu de paix, ta volonté est que ton amour soit connu de tous les humains. Ton pardon et ta présence deviennent un chant dans notre cœur, et même dans la nuit nous pouvons penser à toi, nous rappeler ton nom.
Taizé/bl

