Poussée de fièvre en Irlande du Nord


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Poussée de fièvre en Irlande du Nord
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
3 min

Depuis trois jours, Belfast est secouée par les plus grosses violences entre catholiques et protestants de ces dix dernières années. Les représentants des deux communautés, ainsi que des religieux, se sont réunis, le 22 juin dernier, afin de tenter de ramener le calme, mais la police craint de voir ces émeutes dégénérer.

Tout a commencé dans la nuit du 20 au 21 juin, lorsque des hommes masqués et habillés en treillis s’en sont pris à des habitations de Short Strand, une enclave catholique dans une zone protestante de Belfast. Entre 400 et 500 personnes se sont alors affrontées. Les violences se sont poursuivies pendant la nuit de mardi, puis pendant celle de mercredi, faisant plusieurs blessés, dont un photographe britannique. Des habitations ont été touchées par des bombes à peintures et des cocktails Molotov. Protestants et catholiques se renvoient la responsabilité de ces troubles, tandis que l’inquiétude des autorités grandit. "Voir ce niveau de violence revenir dans nos rues est à la fois désolant et très inquiétant", a déclaré le Premier ministre protestant Peter Robinson. De son côté, le vice-Premier ministre, le catholique Martin Mc Guinness, a assuré qu'il "ne sera pas permis à la petite communauté d'individus déterminés à déstabiliser nos communautés de nous faire replonger dans le passé".

Regain de tension

Belfast n’avait plus connu d'affrontements interconfessionnels aussi importants depuis la signature, en 1998, des accords de paix dits "du Vendredi saint", qui a mené à la formation d'un gouvernement catholique-protestant unifié et au désarmement de l'Armée républicaine irlandaise. Pendant presque 30 ans, nationalistes catholiques et unionistes protestants se sont opposés, faisant quelque 3.500 morts au total. Les causes de ces affrontements sont bien entendu extrêmement complexes et multiples, mais le sentiment réel d’infériorité et de ségrégation des catholiques dans les années 60 par rapport à la majorité protestante issue des anciens colons britanniques en Irlande du Nord est certainement un des facteurs majeurs du conflit. Depuis les accords de paix de 1998, les actes violents et le nombre de morts ont considérablement baissés, mais les tendances politiques les plus extrêmes sont encore très largement présentes au sein des institutions.

La question religieuse

Pour Elise Féron, spécialiste du conflit en Irlande du Nord, "le regain de tension que l’on observe ces derniers jours est à la fois lié à un contexte spécifique, celui de la saison annuelle des parades, et en même temps à des éléments plus généraux relatifs aux difficultés rencontrées par le processus de paix." Quant à la question religieuse, elle est loin d’avoir disparue, explique-t-elle sur le site du "Monde des religions". Selon elle, "la religion en Irlande du Nord sert de marqueur social et politique. Cette imbrication date de l’époque de la colonisation, moment où l’opposition colons - colonisés s’est cristallisée autour de l’opposition religieuse. Par ailleurs, la religion sert encore aujourd’hui, pour un certain nombre de partis, de base idéologique."

Politologue à l'IFR, Philippe Moreau Defarges estime, pour sa part, qu'il s'agit d'un "fait divers". "Des éléments très minoritaires n'ont pas retrouvé leur place dans la société après la paix", explique-t-il dans les colonnes de "La Croix". "Désespérés et violents, ils utilisent les armes qu'il leur reste pour se faire entendre. Mais ces événements n'ont pas d'importance politique: le processus de paix en Irlande du Nord est une réussite." (CtB/LcX/PA)

Catégorie : L'actu

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