Editorial du P. Charles Delhez, paru dans le "Dimanche Express" n°22 du 12 juin 2011 :
DSK, Georges Tron, et maintenant les rumeurs amplifiées par Luc Ferry. La France vit une nouvelle révolution sexuelle. Berlusconi et le roi Carl XVI Gustaf de Suède font aussi la une dans leur pays. Hélas, rien de nouveau, mais aujourd’hui, on supporte de moins en moins ce genre de “frasques”. Après le “Il est interdit d’interdire”, viendra peut-être le “On ne peut pas tout se permettre”. La sexualité n’est pas seulement le lieu des plus beaux sentiments, mais aussi celui des plus grands débordements. À trop avoir banalisé et commercialisé cette dimension importante et si belle de l’existence, on en est arrivé à la réduire à un besoin que l’on peut assouvir rapidement, n’importe comment et avec n’importe qui. Or elle est de l’ordre du désir, ainsi que le rappelle Armand Lequeux dans son dernier ouvrage, au titre éloquent : “Aimer durablement n’est pas plus naturel à l’Homme que la rose au jardin” (DDB/Mols).
Après une société puritaine, une société permissive est apparue. Prendrait-on tout à coup conscience de ses limites, grâce notamment aux États-Unis plus sourcilleux sur ces questions ? Le présumé dérapage de Strauss-Kahn serait en effet passé plus rapidement aux oubliettes en France, pays où l’on sait que les “grands” ont souvent une vie sexuelle dévorante, ainsi que le rappelle Dimitri Casali, auteur du “Sexe et pouvoir, les dessous de la vie des chefs” (La Matinière). On savait, mais on souriait. En attendant, cela pouvait aller jusqu’à l’odieux, voire le crime, au sens juridique du terme. Ce mal – osons le mot – ne concerne pas que le monde politique. Rappelons les affaires de pédophilie en Belgique, dans le clergé et ailleurs – la presse en rapporte quasi quotidiennement – et les rumeurs qui circulent à propos du Vatican. Les milieux jeunes sont également touchés.
On le sait, l’homme n’est pas que nature, il est aussi culture. Si l’on veut donner sens – individuellement, mais aussi culturellement et socialement – à la sexualité, il faut accepter que celle-ci demande éducation et maîtrise — tout comme d’autres dimensions de notre existence, telle la nourriture ou encore notre caractère. Personne ne veut du retour de l’ordre moral. Il semble pourtant de plus en plus urgent. Mais il ne faudrait pas tomber dans la chasse aux sorcières et multiplier gratuitement les rumeurs. C’est trop facile quand les sensibilités sont à vif.
Charles DELHEZ
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