Autrefois très implanté dans la campagne française, le catholicisme ne peut plus garder sa logique territoriale en France, car "Les campagnes naguère les plus pratiquantes se retrouvent aujourd’hui les plus atteintes par la sécularisation".
Telles sont les observations d'Yvon Tranvouez, professeur d’histoire religieuse contemporaine à l’Université de Brest, dans le quotidien français "La Croix".
Le professeur Yvon Tranvouez relève que l’on est face à une évolution générale, qui n’est pas propre à l’Eglise. En contrepartie de la sécularisation de régions autrefois très catholiques, comme la Vendée ou le Finistère, celui-ci note néanmoins "un certain frémissement de reprise" dans les villes.
Yvon Tranvouez relève que la fameuse carte de la pratique religieuse du chanoine Fernand Boulard, prêtre et sociologue du catholicisme, publiée en 1947, qui mettait en évidence des bastions de chrétienté, tend aujourd’hui à s’effacer. "On est dans un processus d’érosion", constate-t-il. "Il arrive un moment où la disparition rapide du clergé crée un effet de choc. Quand des églises ne sont plus ouvertes régulièrement, quand des presbytères sont vendus, bref quand la présence cléricale disparaît, on prend alors conscience d’un basculement qui n’était pas encore ouvertement perçu. C’est ce qui se produit actuellement en Bretagne ou en Vendée".
Par ailleurs, Yvon Tranvouez constate que de nombreux diocèses tentent de faire vivre leurs églises en assurant une rotation des messes, avec de vastes ensembles paroissiaux. "Le risque, dans cette logique, c’est de céder à une vision patrimoniale de l’Eglise. On observe actuellement une tendance à voir dans le christianisme une religion pétrifiée, réduite aux belles pierres, un christianisme décoratif, paysager…"
Yvon Tranvouez relève que chaque paroisse a adopté son propre schéma quant au redéploiement des paroisses, avec deux ou trois modèles dominants. Sans doute fallait-il recomposer des paroisses, admet-il, "mais on peut se demander si le catholicisme peut encore se permettre de garder cette logique territoriale, de vouloir couvrir à tout prix l’espace géographique. On sent bien aujourd’hui qu’une Eglise de réseau est en train de se développer.".
L'universitaire estime aussi qu'on se dirige vers "une concentration sur des hauts lieux, par ex. des monastères… Que demeurent des paroisses particulièrement dynamiques, en particulier urbaines, cela me semble tout à fait possible. On le voit bien dans le centre des grandes villes".
A la question de savoir si l’Eglise a vraiment pris la mesure de ces difficultés, Yvon Tranvouez répond que la cohérence globale ne saute pas vraiment aux yeux dans la politique territoriale de l’Eglise catholique, "même si la plupart des évêques ont conscience du problème". Seulement, relève-t-il, ils font en fonction de leurs moyens, des forces qui leur restent, de ce qui leur paraît le plus pertinent… "Mais je ne suis pas sûr qu’on ose aller jusqu’à des mesures vraiment fortes, d’avoir le courage de se débarrasser de cette hantise de la couverture du territoire".
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