La révision de la loi de bioéthique, au coeur du débat français


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La révision de la loi de bioéthique, au coeur du débat français
Par Angélique Tasiaux
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Le cardinal André Vingt-Trois, président de la Conférence des Evêques de France, vient d'adresser une lettre à l'ensemble de ses concitoyens et parlementaires, dans laquelle il revient sur le projet de loi de bioéthique qui sera prochainement examiné à l'Assemblée nationale.
Dans ce courrier, le cardinal pose les jalons de la réflexion qui a nourri ce débat, avant de s'inquiéter du vote à venir et de ses conséquences. Par une série de questions posées à l'ensemble de la société française, le cardinal Vingt-Trois souligne combien de tels choix orienteront les options de demain. Y répondre, c'est déjà choisir dans quelle société nous souhaitons évoluer : "les plus faibles et les plus vulnérables y auront-ils encore leur place ?".
La lettre de ce 23 mai est reproduite ci-dessous in extenso.

"La révision de la loi de bioéthique a été préparée par un vaste débat national avec les États Généraux et les nombreuses contributions qui ont jalonné le parcours. Ce long processus aboutissait à des positions relativement équilibrées dont le vote des députés en première lecture était le reflet. Si tant de personnes se sont impliquées avec conviction dans ce débat, c'est sans doute parce que nous percevons bien que, par le biais de décisions apparemment techniques, s'exprime un choix de civilisation. Vers quelle société voulons-nous progresser ?

Malheureusement, si les modifications introduites dans le projet de loi par le Sénat étaient entérinées par l'Assemblée Nationale, une certaine conception de l'être humain serait très gravement compromise.

En effet, la levée de l'interdiction habituelle des recherches provoquant la destruction des embryons humains ouvrirait largement le champ à une instrumentalisation de l'être humain, au moment même où la Commission européenne travaille à la protection des embryons des animaux, ce qui constitue un sinistre paradoxe ! Est-il besoin de rappeler que les résultats scientifiques enregistrés à ce jour devraient plutôt stimuler d'autres pistes de recherche aujourd'hui moins encouragées bien que leur efficacité soit vérifiée ? Autre paradoxe étonnant ! Faut-il donc imaginer que des lobbies économiques évaluent que la recherche sur l'être humain est plus rapide et moins coûteuse que les expérimentations animales ? Où irions-nous avec ces seules évaluations ? N'y a-t-il pas d'évaluation éthique de la recherche ?

De plus, la systématisation juridique du diagnostic prénatal nous conduirait inévitablement à un eugénisme d'Etat. Quel message adresserions-nous ainsi aux personnes handicapées que nous affirmons vouloir respecter et intégrer dans la société ? Quel signal donnerions-nous à leurs familles ? Leur dirons-nous que la solution idéale eut été que leurs enfants n'aient pas vu le jour ? Et pourquoi ne pas consacrer les sommes considérables que l'on engloutirait dans ce dépistage systématique pour financer la recherche, en particulier concernant la trisomie 21 ?

Ces questions seront sans doute évitées dans la prochaine campagne électorale. Pourtant, des réponses que nous y apportons aujourd'hui, dépend le type de société que nous préparons pour nos enfants et vers lequel nous serons acheminés. Les plus faibles et les plus vulnérables y auront-ils encore leur place ? Le respect inconditionnel de l'être humain vaut mieux que des démissions peu réfléchies et peu courageuses qui font reculer notre civilisation en la poussant vers des choix extrêmes."

cef/at


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