Editorial du P. Charles Delhez paru dans le "Dimanche Express" du 22 mai 2011 :
C’est là qu’on voit que l’Évangile a pénétré notre société. Michelle Martin a donc une nouvelle chance, comme la femme adultère en son temps. La loi, en effet, n’a pas pour but la vengeance, mais permet de l’empêcher. Elle nous protège de la dictature de l‘émotion. Et nous serons bien contents le jour où nous-mêmes aurons besoin d’être à l’abri de l’irrationnel de l’opinion publique ou de nos “ennemis”. Cette loi, en Belgique et en bien d’autres pays, a renoncé à la peine de mort. Celle-ci, en effet, enfermerait le coupable dans le mal qu’il a fait. Il faut, bien sûr, que la société se protège. Mais il y a tant d’autres manières que d’éliminer tout simplement – sauf en état de légitime défense – celui qui est dangereux. Reconnaissons cependant que demeure posée la question de l’humanité de nos lieux carcéraux : surpopulation, manque de personnel, insalubrité... Autant d’éléments qui rendent la nécessaire punition déshumanisante plutôt que restauratrice. Mais c’est une autre question...
Les médias, si précieux pour le fonctionnement de notre société, ont aussi leurs revers. Ils donnent immédiatement la parole à l’émotion populaire, alors que la loi met du temps à se frayer un chemin dans le maquis des droits et devoirs, des circonstances atténuantes et du respect de chacun — la victime comme le coupable. La Cour de Cassation a estimé que toutes les règles avaient été respectées. Il s’agit donc d’une vérité judiciaire, rien que judiciaire. Mais cette vérité-là a pour but la paix sociale et le respect de chacun. Oui, l’opinion publique a le droit de s’exprimer, mais elle n’a pas pour autant le droit au dernier mot. La loi doit être respectée, toute la loi, et rien que la loi. Sans doute, faut-il parfois la revoir. Mais jamais dans la hâte de l’émotion.
Autre sujet d’émotion : M. Martin voulait être accueillie par l’Église. Dans les médias, on réduit trop souvent celle-ci au pape aux évêques. Or ils n’ont rien à voir ici. Ce ne sont pas eux qui accueillent, mais une communauté de femmes qui cherchent à vivre l’Évangile au quotidien. Michelle Martin a frappé à leur porte…“Frappez et on vous ouvrira”, disait Jésus. C’est l’avenir que ces religieuses ouvrent à la pécheresse que l’on voudrait lyncher. L’avenir est toujours une espérance, mais confiée à notre liberté. Certes, la liberté d’une condamnée est un risque… Mais il en va ainsi de toute liberté, même de la nôtre…
Charles DELHEZ


