Devant le tombeau vide, les femmes pressentent la possibilité d’une naissance. Le vide ne leur fait pas peur. Elles savent qu’il peut être gros d’un enfantement… L'éditorial de Pâques du père Dominique Collin, publié dans le "Dimanche Express" du 24 avril.
Les chefs de prêtres croyaient avoir enterré l’affaire. La pierre roulée devant le tombeau était l’ultime couvercle posé sur l’affaire “Jésus” qui avait fait vaciller leur pouvoir. En enfermant l’imposteur dans un tombeau, ils ne s’imaginaient pas préparer une crèche d’où sortirait un Nouveau-né! Mais peut-on arrêter la vie quand elle prend le visage d’un humain qui ose la perdre pour la sauver? Est-ce pourquoi seules des femmes ont été les premières à entrevoir ce premier jour du monde?
La passion de Jésus est essentiellement une histoire de “mâles”. Les hommes ont fait sentir leur pouvoir ou leur lâcheté: les chefs des prêtres, les disciples, la foule vociférante, Barabbas,
Pilate ont écrit une histoire “masculine” qui s’arroge le pouvoir et s’en arrange. “Pilate regagna sa résidence et dit à Jésus: ‘D’où es-tu, toi?’ Mais Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit alors: ‘C’est à moi que tu refuses de parler! Ne sais-tu pas que j’ai le pouvoir de te relâcher comme j’ai le pouvoir de te faire crucifier?‘“ (Jn 19, 9-10) Le pouvoir! Toujours cette manie “masculine” de se croire le maître de tout, des événements comme des personnes.
Jésus y oppose le silence qui le met à la merci de Pilate en ne lui opposant aucun pouvoir – sauf peut-être celui de déstabiliser sa prétention à tout commander.
Alors on peut même se mettre à rêver d’une autre intrigue dans cette histoire de jalousie, de ressentiment et de violence: “Pendant que Pilate siégeait sur l’estrade, sa femme lui fit dire: ‘Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste! Car aujourd’hui j’ai été tourmentée en rêve à cause de lui’“ (Mt 27, 19-20). Une des seules femmes dans cette histoire horrible pour pressentir que se cache sous les traits de ce soi-disant malfaiteur, un juste! Alors que la plupart des hommes ont fui, quelques femmes se rendront au tombeau: stupéfaites et craintives d’abord, leur attente silencieuse laissera jaillir une Annonce qui déplacera les pierres et les pétrifiés...
Devant le vide du tombeau, les femmes pressentent la possibilité d’une naissance, le vide ne leur fait pas peur, elles savent qu’il peut être gros (comme on dit d’une femme enceinte) d’un enfantement. Comme des sages-femmes, elles deviennent témoins de l’irruption du Monde nouveau de Dieu dont Jésus a été le prophète. Et il leur reviendra d’annoncer la Bonne Nouvelle à tous ces hommes qui ne comprenaient pas comment la vie peut jaillir d’un sépulcre.
Tout commence... Une espérance invincible est née en cette aube de premier jour. Rien n’est encore fait, car toute naissance reste fragile et demande du temps pour croître, mais l’essentiel est là et change tout: un Nouveau-né nous précède, ouvre nos tombeaux et les change en berceaux ! (CtB/PA)
