L’escalade dans le scandaleux


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L’escalade dans le scandaleux
P. Charles Delhez
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
2 min

P. Charles Delhez

Editorial du P. Charles Delhez paru dans le "Dimanche Express" n°16 du 24 avril 2011 :

La première réaction de tout citoyen, de tout croyant ne peut être que la consternation… Roger Vangheluwe devait se taire. La télévision n’est pas le lieu de tels déballages ni d’autojustification maladive pour libérer sa conscience. Mais il ne fallait pas non plus le faire parler. Il y a du voyeurisme dans les questions de l’intervieweur, dont les réponses ne regardent que la justice, le thérapeute, voire le confesseur. Quelle raison y a-t-il de donner la parole durant 53 minutes à quelqu’un que le professeur Adriaenssens n’hésite pas, dans les colonnes du "Soir", à qualifier de psychopathe ? À quoi bon ces détails sordides, sans égard pour les victimes – notamment la seconde –, que l’abuseur minimise et que le psychiatre et le procureur du roi doivent ensuite rectifier dans la presse ? Aurait-on donné à Marc Dutroux une telle tribune ?
À la télévision, l’ex-évêque de Bruges a présenté le profil du pédophile dans toute sa complexité. La honte, point de départ de toute vraie conversion, semble absente. S’il avait vraiment compris l’horreur de ses agissements, il n’aurait pas infligé cette gifle supplémentaire aux victimes et à celle qui reste son Église. Il n’empêche, il a évoqué ses tentations de suicide et a dit passer des heures à la chapelle dans l’attente de la miséricorde de Dieu. Cet homme vit un drame. La femme adultère jetée en pâture à l’opinion publique de l’époque demeure une personne que Jésus respecte. L’Évangile ne permet aucun lynchage. La loi non plus, elle qui, chez nous, a supprimé la peine de mort et qui donne protection aux coupables. Puisse le croyant offrir la sienne, celle de sa prière, pour les victimes, tout d’abord, mais pour les coupables aussi, fût-ce au titre d’ennemis.
Il ne nous revient pas de juger l’homme, ni aux médias, mais à la justice civile (s’il n’y a pas prescription), à l’Église à laquelle il appartient et surtout à Dieu qui le fait avec la miséricorde qu’il a pour chacun d’entre nous. Dans la presse, bien souvent, on ne met que les initiales des condamnés. La photo de cet homme, dont “l’Église et la société ont sous-estimé la pathologie” (P. Adriaenssens), elle, se retrouve partout, alors que photographier est interdit dans un tribunal. Par respect pour les victimes et pour cet homme sans doute autant malade que pervers, il faut mettre fin à ce déballage médiatique, à cette escalade du scandaleux. Il y va du climat de notre société.
Charles DELHEZ
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P. Charles Delhez

Editorial du P. Charles Delhez paru dans le "Dimanche Express" n°16 du 24 avril :

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