La place d’un enfant, c’est dans sa famille


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La place d’un enfant, c’est dans sa famille
shégués à Kinshasa
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
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shégués à Kinshasa

À leur baptême, ils ont reçu les doux noms de Trésor, Désiré ou Bienvenu. Une dizaine d'années plus tard, ils sont traités de voyous, de voleurs ou de sorciers. Chassés de chez eux ou enfuis loin de leur foyer, ils survivent dans les rues de Kinshasa. Rejetés, méprisés, ayant perdu toute dignité et toute confiance en eux-mêmes, ces enfants ont compris que l’amour n’existe pas et que seule la violence constitue la valeur de la vie. Pour ne pas sombrer, les shégués, les enfants de la rue, cherchent à oublier tant les souffrances passées que leurs familles. Ce constat, c'est Jean-Pierre Godding qui le fait, de l'émotion dans la voix.

Belge, engagé au Chemin Neuf, une communauté nouvelle née à Lyon en 1973, Jean-Pierre Godding vit en Afrique depuis 35 ans. Il a vécu les conflits au Rwanda; est passé à Goma pour venir en aide aux réfugiés et, en 2003, accepte la demande d'un évêque de RDC de s'occuper des enfants de la rue dans la paroisse Sainte-Christine, un des quartiers populaires de Kinshasa. Avec sa communauté, Jean-Pierre entre de plain-pied dans la misère humaine la plus insoutenable, celle qui touche les plus petits.

Désœuvrement et sorcellerie

Environ 15.000 shégués peuplent les rues kinoises et de nouveaux y arrivent chaque jour. Comment s'y retrouvent-ils si nombreux? "Tout d'abord, une misère extrême due au manque de travail, dit Jean-Pierre Godding. Dans les maisons, soit il n'y a rien à manger, soit un maigre repas est préparé un jour sur deux. L'autre raison est liée aux accusations de sorcellerie. Celle-ci a toujours été présente traditionnellement dans les familles congolaises, mais aujourd'hui elle touche les enfants. C'est un phénomène nouveau car l'enfant a toujours été considéré comme un roi en RDC; maintenant, il devient une bouche supplémentaire à nourrir, un poids pour ses parents. Il est le bouc émissaire qui porte les souffrances et les malheurs de la famille. Accuser l'enfant de sorcellerie est une façon de s'en débarrasser. Voici l'exemple de Franck, continue Jean-Pierre. Ses deux parents sont morts du sida, très répandu à Kinshasa. Ses oncles ont dit à Franck qu'il avait 'mangé' ses parents, car il était un sorcier. Il a donc été chassé de chez lui, doublement traumatisé."

Ndako ya biso, notre maison

"Nous avons commencé par travailler dans la rue, mais très vite le besoin s'est fait sentir de nous retrouver tous ensemble sous le même toit. Ce sont les enfants entre eux qui ont d'abord parlé de 'ndako ya biso', de 'notre maison'. Ils se sentaient en confiance avec nous." Deux mots-clés motivent les actions de Ndako ya biso: 'réunification' et réconciliation.

La 'réunification' de l'enfant dans sa famille est assurée par différents outils, tels que la scolarisation, la formation professionnelle, le micro crédit, la garantie locative et la gestion des conflits. C'est toute la relation de l'enfant à sa famille et à son milieu qui doit être reprise en charge. Autrement dit, aucun ancien shégué réunifié, près de 600 aujourd'hui, n'est abandonné.

"Avec notre équipe d'animateurs, nous nous définissons comme étant membre du 'ministère de la réconciliation', explique Jean-Pierre; ou plutôt d'une quadruple réconciliation. Réconciliation de l'enfant avec lui-même: nous aidons l'enfant à se retrouver enfant, à se retrouver aimé et aimable. Ensuite, réconciliation de la famille avec elle-même: identifier les problèmes. Qu'est-ce qui est à la source des divisions et des séparations? Troisièmement, réconciliation de l'enfant avec sa famille: les demandes de pardon mutuelles ouvrent des perspectives d'avenir. Et enfin, réconciliation de l'enfant avec son environnement: l'enfant-sorcier a été chassé non seulement par sa famille, mais aussi par tout son quartier. La réintégration dans son école ou dans une autre, le port de l'uniforme, sont d'excellents moyens de le faire redevenir un enfant comme les autres. L'éducation est une formidable espérance."

15% d'enfants rechutent après une réunification, mais ce qui n'est pas possible aujourd'hui, le sera peut-être demain, et souvent, après trois ou quatre réunifications, la réussite est au rendez-vous. Tous les jours, dans les rues de Kinshasa, Jean-Pierre Godding et son équipe se retrouvent face au combat et au courage de ces shégués. Les défis de la communauté? Aller de l'avant dans la solidarité et dans l'espérance. Dans quelques temps, un centre d'accueil pour jeunes filles de la rue s'ouvrira dans la capitale de la RDC.

Sylviane BIGARÉ

La Communauté du Chemin neuf vous invite à venir découvrir son projet pour les enfants de la rue à Kinshasa le dimanche 1er mai de 15h à 17h30, Avenue A. Dezangré, 3 à Kraainem. Plus d'infos sur www.chemin-neuf.be.

Pour aider le projet d'accueil Ndako ya biso: Compte: 736-4020399-07

IBAN: BE74 7364 0203 9907; BIC: KREDBEBB; Communication: ESPOIR KINSHASA.


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