Marie de Hennezel: « Vieillir est une chance »


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Marie de Hennezel:  « Vieillir est une chance »
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Marie de Hennezel était l'invitée de la librairie UOPC à Bruxelles, afin de parler de son dernier livre : "Une vie pour se mettre au monde" qu'elle a coécrit avec le philosophe Bertrand Vergely.

Psychologue et psychothérapeute française, et auteure de nombreux ouvrages, Marie de Hennezel est une spécialiste de l'accompagnement de la fin de la vie. Mais son dernier ouvrage porte lui sur l'expérience de vieillir et de bien vieillir. Et si cette question se pose de plus en plus en tard, elle revêt pourtant de plus en plus d'importance dans un monde qui semble justement nous interdire de vieillir.
Pas étonnant que dans cette société du "jeunisme" bon nombre de personnes âgées se sentent exclues d'un monde qui a une image si négative de la vieillesse. Et c'est cette image négative qui est responsable des nombreuses peurs que l'on a quand on envisage ses vieux jours. Peur du changement physique, de l'affaiblissement, de la maladie (en particulier d'Alzheimer), de la dépendance, peur de la solitude et plus encore de l'isolement, peur de devoir quitter sa maison pour un home, et peur de s'approcher de la mort, tout simplement.
"Toutes ces peurs, il faut les nommer, les regarder de près pour voir s'il n'y a pas un chemin qui nous permettrait de les affronter", conseille Marie de Hennezel. "Etre dépendant, ce n'est pas une catastrophe!", ose-t-elle dire, en expliquant que certaines personnes vivent cette expérience de manière positive en acceptant de "lâcher prise", en se laissant soigner avec une sorte de grâce. "Il s'agit de retrouver le plaisir très ancien de nos premiers mois, lorsque le bébé que nous étions était tout aussi dépendant… La peau a une mémoire."
Même "optimisme" avec la maladie d'Alzheimer, qui peut apporter un besoin d'affection, de tendresse de la part du parent malade alors que ce dernier était autrefois maître à l'excès de ses émotions à l'égard de ses enfants, qui souffraient de cette distance… "Les personnes vulnérables nous donnent accès à quelque chose de nouveau. Devant elles nous sommes ramenés à une personne qui est responsable de l'autre", se réjouit la psychologue.

Vieillir, mûrir, s'accomplir

La deuxième clé pour réussir sa vieillesse, c'est de mûrir, c'est-à-dire découvrir l'envers des choses. "Si nous devons faire le deuil de notre corps, le cœur et l'esprit eux, se renouvellent", dit Marie de Hennezel. Beaucoup de philosophes parlent de vieillir non pas comme un naufrage mais comme une croissance. Victor Hugo parlait même d'éclosion. "C'est cette expérience spirituelle qu'il faut faire. A l'intérieur nous sommes jeunes."
Mûrir, c'est une vraie mutation psychique. Selon le psychanalyste Carl Jung, dans une première partie de la vie, l'énergie est mise au service de l'ego. L'objectif de la deuxième partie est de mettre son énergie vers le soi, l'être intérieur. Si cette mutation est réussie, l'expérience de la vieillesse peut être heureuse.
"J'ai découvert que les personnes âgées ont une sensibilité plus grande. Elles disent voir de manière nouvelle, avoir des expériences contemplatives", confie la psychothérapeute. "Ces personnes ont conscience que la vie est précaire, elles ont conscience de leur finitude et que, par conséquent, la vie est précieuse." C'est pourquoi il faut s'alléger de ses valises de remords, de regrets, de rancunes… Vieillir est finalement un travail, difficile certes, mais qu'il faut mener joyeusement. Et il n'est pas trop tard pour le commencer quand arrive le 3e âge, avec la pension. Les psychologues reçoivent d'ailleurs de plus en plus de patients de cette tranche d'âge pour les aider à déposer ces "valises". Cela peut prendre quelques mois ou quelques années.
Si l'on fait ce travail, vient alors le temps de l'accomplissement. Citant Michel Serres "tu n'as plus désormais à produire mais à trouver le vrai grain de ta vie", Marie de Hennezel voit cet accomplissement comme la dernière tâche à accomplir si nous avons la chance de vieillir. Une chance, oui, puisqu'au bout du compte, comme le rappelait pour sa part Woody Allen "vieillir est le seul moyen de ne pas mourir jeune!"

Pierre GRANIER

Catégorie : L'actu

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