Sur un plan spirituel, la Règle de saint Benoît fait du travail manuel un des piliers de la vie monastique. Mais cette production est tout aussi importante sur un plan financier. C’est généralement le seul moyen de subsistance des bénédictins et cisterciens, avec toutes les difficultés que cela peut comporter.
Si la devise “Ora et labora“ (“Prie et travaille“) ne figure pas dans la règle écrite par saint Benoît au VIe siècle, elle n’en fait pas moins écho à nombre de ses prescriptions. “L’oisiveté est l’ennemie de l’âme, c’est pourquoi à certaines heures, les frères doivent s’occuper au travail des mains et à certaines autres à la lectio divina“, recommande le fondateur de l’ordre bénédictin, qui ajoute: “Les moines seront vraiment moines lorsqu’ils vivront du travail de leurs mains, à l’exemple de nos pères et des apôtres.“ Ainsi, depuis des siècles, les monastères et abbayes ont-ils à cœur de développer en leur sein une ou plusieurs activités économiques leur permettant de subvenir à leurs besoins et d’assurer l’entretien des lieux où ils vivent.
Un challenge permanent
En Belgique, nous connaissons surtout les bières et fromages d’abbaye, mais l’économie monastique est loin de se réduire à ces deux produits traditionnels. Confitures, cire d’abeille, savon parfumé, eau de toilette, poulets fermiers, fruits et légumes bios, chocolats, livres, sandales, biscuits, instruments de musique, images pieuses, huiles essentielles, produits médicinaux, jouets, décoration d’intérieur… Les moines et moniales font preuve de beaucoup de créativité quand il s’agit de se trouver une activité économique et il est plutôt rare que le succès ne soit pas au rendez-vous. Le soin qu’ils apportent à tout ce qu’ils font et leur honnêteté sont effectivement perçus par nombre de nos contemporains comme un gage de qualité, et pour cela, ces derniers sont généralement prêts à mettre le prix.
La vie des communautés monastiques n'est pas un long fleuve tranquille pour autant. Non seulement elles sont confrontées à la diminution et au vieillissement de leurs forces vives, mais elles doivent aussi faire face aux exigences de plus en plus hautes du marché et aux pressions de la société. “Aujourd’hui, nous sommes appelées à vivre nos valeurs monastiques dans un monde accéléré par la technique et par la nervosité des grandes villes, dans le monde cruel de l’économie, où l’avoir est plus important que l’être, et où la consommation est signe de richesse et de puissance“, confiait Mère Mectildes Vilaça Castro, ancienne abbesse du monastère N.-D. du Mont d’Olinda, lors d’un rassemblement de bénédictines au Brésil. Pourtant, malgré ces difficultés, les communautés monastiques parviennent à garder le cap et à rester fidèles à leurs idéaux. Des exemples à suivre, serait-on tenté de penser… (PA)
La suite de ce dossier dans le "Dimanche Express" n°11 du 20 mars 2011


