
Dans le cadre des grandes conférences catholiques, le français Henri de Castries intervenait le 26 janvier dernier sur le thème du vieillissement. Il parie sur la capacité de nos sociétés à se restructurer pour faire de l'allongement de l'espérance de vie une véritable opportunité de développement économique.
Pour beaucoup d'entre nous, l'allongement de l'espérance de vie et le vieillissement de notre population ne présagent rien de bon. Tout au contraire, Henri de Castries estime que si l'on appréhende correctement ce phénomène, si on le maîtrise, il recèle au contraire de formidables opportunités.
Alors qu'au début du XXe siècle, les gains dans l'espérance de vie étaient liés à la baisse de la mortalité infantile, c'est aujourd'hui l'allongement de la durée de vie qui fait croître nos populations. Cette espérance de vie est pour l'instant de 80 ans et les projections indiquent qu'en 2050 les "+ de 65 ans" représenteront plus de 50% des populations des pays de l'OCDE. Ce qui va générer de nouveaux besoins de consommation. Reste à s'assurer que cette demande soit solvable…
La perspective de voir apparaître des cinquièmes générations va forcément nécessiter de modifier l'organisation de nos sociétés. Au niveau de la solidarité intergénérationnelle, par exemple. Mais aussi bien sûr en ce qui concerne les pensions. "Pourquoi maintenir un âge limite?", s'est interroge Henri de Castries.
Les entreprises aussi devront modifier leurs comportements. Les "seniors" sont une chance pour elles, c'est de l'expérience. S'en priver pour leur préférer des jeunes n'a pas de sens. Mieux vaudrait changer les mentalités professionnelles. M. de Castries a alors cité l'exemple du Japon, où le sommet de sa carrière se situe vers 50 ans. Ensuite, le salarié réduit son rythme de travail, a moins de responsabilité et accepte en conséquence une réduction de sa rémunération.
Quand aux États, ils devront également changer leur approche et repenser leurs systèmes. Celui de la protection sociale mais également celui de l'éducation en y intégrant une formation permanente beaucoup développée.
Et la dépendance ?
Vieillir en bonne santé, tout le monde y aspire. Mais chacun redoute la dépendance. Or ce nombre de personnes dépendantes s'accroît sans cesse ce qui entraîne une explosion des coûts pour la collectivité. Insoutenable ? Pas pour celui qui dirige l'un des plus grands groupes mondiaux de l'assurance. Car ce nombre de personnes dépendantes reste stable en proportion (1 personne sur 4) et en durée (3 ans en moyenne). A partir là, il est possible de mettre en place un nouveau mécanisme de solidarité telle qu'une assurance-dépendance que tout le monde devrait souscrire à partir de ses 40 ans.
Mais le mieux serait de rester en activité le plus longtemps possible. Une étude le démontre: plus l'on prend tôt sa pension, plus l'espérance de vie est faible… Sur l'île d'Okinawa (toujours au Japon), on s'est étonné du nombre important de centenaires. Pourquoi? En raison du régime alimentaire de ces habitants mais aussi parce qu'une fois à la "retraite", ces derniers rejoignent, par tradition, des réseaux sociaux.
"Le service à nous rendre, a conclu Henri de Castries, c'est surtout de considérer ce formidable cadeau qu'est la vie et ne pas vivre comme des pays vieux qui se racornissent."
Pierre GRANIER

