Editorial du P. Charles Delhez paru dans le "Dimanche Express" n°8 du 27 février 2001 :
Dans nos pays, les sondages d'opinion offrent des chiffres élevés en faveur tant de l'ordination des hommes mariés que de celle des femmes. Ils dépassent les 70 %, même parmi les prêtres, comme on a pu le lire le 19 février dans le Standaard. Sans doute n’en va-t-il pas ainsi partout dans le monde. Notre Occident, en effet, fait entendre une chanson bien différente des autres continents dans le domaine religieux. Mais puisque nous vivons, ici, penchons-nous sur la question.
Il faut bien distinguer les deux dossiers. L'un est disciplinaire, l'autre théologique. À propos de l'obligation du célibat, il y a déjà une diversité reconnue à l'intérieur de l'Église catholique. Les églises catholiques orientales – non latines, mais en communion avec Rome – n'ont jamais adopté cette règle. Un homme marié peut donc devenir prêtre, mais un prêtre célibataire ne peut plus se marier. Telle est la règle. Dans l'Église latine, on n’ordonne prêtre que ceux qui font la promesse de rester célibataires. Ne pourrait-on cependant pas imaginer, dans l'Église latine, la même diversité qu’à l’intérieur de l'Église catholique dans son ensemble? C'est que les Églises locales évoluent bien différemment aujourd'hui. Des réponses adaptées à la situation de chaque pays ou de chaque région du monde serait sans doute heureuses.
Tout autre est la question posée par l'ordination des femmes. Elle est théologique. L'Église est-elle tenue par le fait que Jésus n'a choisi comme apôtres – les Douze – que des hommes, alors qu'il était entouré également de femmes ? Elles ont d’ailleurs joué un rôle très important, comme premiers témoins de sa résurrection, par exemple. S'agirait-il d'une donnée culturelle ou d'une volonté divine? C’est là que les avis divergent. En attendant, si la question du célibat ne divise pas les Églises, celles-ci sont divisées à propos de l'ordination des femmes. Sans doute cette ordination rapprocherait les catholiques des protestants, mais les éloignerait des orthodoxes peu disposés à transiger. Ce qui est certain, c'est que dans nos pays, cette question ne fait qu'aggraver le fossé culturel qui sépare les catholiques du reste de la société. Mais faut-il qu’il y ait toujours accord – comme si la modernité était infaillible – ou bien suffit-il que la culture chrétienne reste en dialogue avec la culture contemporaine, tout en gardant, quand il le faut, ses distances?

