On sentait les membres de la commission enthousiastes après l'audition de Gabriel Ringlet, sans doute réconfortés par la découverte qu'une autre Eglise existe ou qu'une autre Eglise est possible. Il faut avouer que le « maître de conférences » était à l'aise devant les parlementaires, le 26 janvier. Celui qui a été le confident des parents de Julie et Mélissa pendant plus de trois ans n'a pas voulu se désolidariser de l'institution à laquelle il appartient. Gabriel Ringlet a fait entendre la souffrance, sa souffrance aussi, au nom des 37 victimes abusées qui lui ont témoigné leur confiance.Le professeur émérite à l'UCL a débuté son intervention par l'histoire de Laura. Parce qu'elle l'a demandé et qu'elle a confié dans un récit de 200 pages son calvaire. En écrivant « Personne ne te croira », Laura est devenue à la fois unique et multiple. Une histoire qu'elle a dédicacée à « toutes celles qui sont restées sans voix ». Laura sert de guide au témoignage du théologien. Mais derrière la jeune fille, ils sont une quarantaine à marcher.
C'est le poids du silence ecclésial qui a blessé Laura. Plus encore que l'attitude même de son abuseur.
Dans les différents témoignages, Gabriel Ringlet observe une triple destruction : physique, affective (et psychologique) et spirituelle. S'il s'avoue incompétent pour analyser les deux premières, c'est bien pour aborder la troisième destruction que les victimes souhaitaient le rencontrer. Ainsi, Laura voulait lui parler de cette Eglise qui, dans un premier temps, l'a construite. Et ensuite détruite. Aujourd'hui, grâce à la médecine, à la psychologie, à l'écriture, Laura a beaucoup progressé. Mais, malgré ces progrès, il manque à sa guérison la reconnaissance de ses responsabilités par l'Eglise. En le disant beaucoup plus clairement, beaucoup plus chaleureusement. Pour entamer une oeuvre de réparation et de reconstitution. Des prêtres ont volé des vies, précise l'universitaire. Les victimes attendent maintenant que les autorités ecclésiales le reconnaissent et le réparent spirituellement.
Gabriel
Ringlet s'est alors demandé ce que pouvait être cette réparation... « Quand l'âme est blessée, comment peut-on la réparer ? » S'ensuit une proposition en cinq points. Une « réparation institutionnelle » comportant du matériel et du spirituel. Pour la définir selon les critères de l'écrivain, la réparation passe d'abord par un important travail de mémoire. Il faut mettre à jour les causes structurelles de la pédophilie dans l'Eglise. Ce n'est pas assez de constater ce silence et de l'avouer. La réparation institutionnelle passe aussi par une réparation financière. Elle pourrait permettre de couvrir des dépenses plus larges, comme le financement d'une étude scientifique et indépendante ou des projets d'équipes éducatives qui travaillent à la promotion de la santé. Gabriel Ringlet ose espérer le grand geste de son Eglise. « Qu'elle s'avance en première ligne, seule s'il le faut. Elle en sortira grandie. Cela pourrait recréer un peu de confiance à l'intérieur des communautés chrétiennes ébranlées. » Cette réparation passe encore, à ses yeux, par une interrogation fondamentale de l'Eglise catholique sur la sexualité. Même si la relation entre le discours sur la sexualité et la pédophilie n'est pas directe, on ne peut pas taire certaines liaisons dangereuses, estime-t-il.
Gabriel Ringlet a ensuite posé une interrogation cruciale sur l'ambiguïté du sacré dans le pouvoir des prêtres. Selon lui, pour être prêtre aujourd'hui, vraiment prêtre, il faudrait avoir suffisamment de profane en soi. Suffisamment de laïcité pour échapper au pouvoir sacré. L'ancien recteur de l'UCL a enfin appelé sa hiérarchie à convoquer un synode de tous les évêques de Belgique et à débattre en toute transparence de la question. La pédophilie dans l'Eglise n'est pas un accident de parcours ou un immense fait divers. C'est, pour lui, un symptôme profond entre une partie influente de l'Eglise catholique et nos sociétés. Sous peine de se marginaliser plus encore, l'Eglise, estime-t-il, va devoir se mettre davantage à l'écoute des autres manières de penser.
Ensuite, la parole a été donnée à Karel Van Cauwenberghe, président de l'Association des juges d'instruction et juge d'instruction au Tribunal de première instance d'Anvers, ainsi qu'à Françoise Van den Noortgaete, juge d'instruction au Tribunal de première instance de Tournai.
Les juges ont longuement exposé le secret de la confession. Pour les deux orateurs, le secret de la confession n'est pas comparable à un secret professionnel. Surtout si quelqu'un est en danger. Le prêtre qui reste silencieux devrait même être poursuivi. Ils ne sont pas favorables à la prescription, l'abuseur ayant lui-même donné « la perpétuité» à la victime qui subira toute sa vie des conséquences de l'acte abusif.
Les juges souhaitent sensibiliser les victimes pour qu'ils dénoncent rapidement les faits. Tout en précisant qu'il existe d'autres endroits à risques que l'Eglise (clubs sportifs, écoles, académies de musique, ...).
Monsieur Van Cauwenberghe a confirmé ne pas subir de pression du clergé et affirmé que l'audition de jeunes enfants mineurs se déroule de manière professionnelle. Le problème, estime-t-il, se trouve en première ligne, lorsque les commissariats de police ne prennent pas les victimes au sérieux. Tout comme Madame Van den Noortgaete, le juge d'instruction souhaite maintenir séparés le parquet (instance qui poursuit) et le juge (qui prend plus de distance par rapport aux faits).
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