Aujourd'hui 13 mars, c'est le 5e anniversaire du pontificat de François. Indéniablement, la désignation en 2013 du cardinal Jorge Bergoglio comme 265e successeur de l’apôtre Pierre, a d’abord surpris pour ensuite bousculer.
Lorsque la fameuse fumée blanche est apparue au-dessus de la chapelle Sixtine, annonçant ainsi qu’un nouveau souverain pontife avait été choisi par ses pairs, les applaudissements ont retenti sur la Place Saint-Pierre à Rome et plus que probablement dans de nombreux foyers à travers le monde. On retiendra d’abord de François, son air ému et peut-être anxieux, lorsqu’il est apparu au balcon de la Basilique Saint-Pierre. Saluant la foule d’un simple et doux "buona serra" (bonsoir), la simplicité de l’homme a été immédiatement remarquée et appuyée ensuite par ce geste inattendu de s’incliner devant les fidèles en implorant leur prière. Alors que traditionnellement le nouveau pontife donne la bénédiction apostolique Urbi et Orbi depuis le balcon de la basilique vaticane.
Un vrai pasteur
Son origine aussi a surpris: pour la première fois, un pape d’origine autre qu’européenne prenait place sur le siège pétrinien. Si l’on a pu croire à l’énoncé de son nom qu’il était italien, sa nationalité argentine a fait comprendre que le centre de gravité de l’Eglise catholique s’était déplacé. Il en fera d’ailleurs la preuve, notamment par la nomination de cardinaux venant de tous les continents, comme nous le montrons dans ce dossier consacré aux cinq années de pontificat de François.
De toute évidence, le pape François est un pasteur au vrai sens du terme. En le voyant à l’œuvre, par ses actions, ses discours, ses homélies à Sainte-Marthe ou encore ses écrits, on perçoit qu’il a côtoyé la réalité du terrain, la misère même lorsqu’il était prêtre et ensuite évêque en Argentine. Lutter contre la pauvreté, ne laisser personne au bord du trottoir, s’occuper des plus fragiles… autant de thèmes qui lui tiennent à cœur, résumés par un "slogan": "Mettre l’humain au centre de tout". Déjà, le choix de son patronyme comme pontife l’avait laissé supposer: qui mieux que saint François peut incarner le partage, la lutte conte la pauvreté et même la défense de la nature? Les cinq années qui se sont écoulées ont confirmé que ces préoccupations étaient au centre de son action.
Une autre caractéristique du pape est de ne pas mâcher ses mots. Si on me permet cette expression un peu triviale, avec François "tout le monde en prend pour son grade": clergé, chrétien, milieux d’affaires ou économiques et financiers, femmes et hommes politiques. Aux uns, ils reprochent de parfois transformer des confessionnaux en "poste frontière" ou de ne pas être assez accueillants et de n’avoir pas assez de compassion. Il dénonce les "évêques d’aéroport", qui "sont davantage dans les hôtels qu’au milieu de leur troupeau". Il fustige les chrétiens "tièdes" et la politique migratoire des Etats. A l’Europe, il rappelle qu’elle doit être fière de ses origines et de ses racines chrétiennes qu’elle a perdues. Bref, François nous demande clairement de nous ressaisir avec cette phrase: "Allez vers les périphéries!".
Sur les problèmes de société et d’éthique, le pontife argentin ne dit pas autre chose que ses prédécesseurs, et pourtant ça passe mieux. Sans doute une question de style. Mais il ne transige pas sur la protection de la vie, depuis la naissance jusqu’à la mort.
Sa foi profonde et son amour pour le Christ lui ont souvent donné l’occasion de nous rappeler combien Dieu est Amour, et que de cet Amour découle sa compassion pour l’homme pécheur. Toutefois, c’est à la surprise générale qu’en 2015, François a annoncé un Jubilé extraordinaire de la miséricorde, au deuxième anniversaire de son pontificat. Il a voulu ainsi montrer son souhait d’une Eglise miséricordieuse pour le monde, invitant chaque être humain à suivre le chemin de la conversion spirituelle.
A une époque où la crise des migrants reste bien réelle, le pape argentin n’hésite pas à aller à contre-courant des idées qui se répandent petit à petit dans l’opinion occidentale. Qui d’autre que lui aurait osé ramener au Vatican trois familles de réfugiés syriens, qui plus est musulmans, dans l’avion après sa visite en Grèce sur l’île de Lesbos? N’oublions pas qu’une de ces premières visites hors du Vatican a été pour rencontrer des migrants sur l’île de Lampedusa, elle aussi comme Lesbos, "porte d’entrée" vers ce qu’ils croyaient être un rêve européen.
Un pape qui tisse des liens
François a clairement marqué aussi sa volonté de travailler à un rapprochement œcuménique, notamment avec les orthodoxes, mais aussi avec les protestants puisqu’il a assisté au lancement des commémorations des 500 ans de la Réforme de Martin Luther. Le monde musulman n’a pas été oublié: Le souverain pontife s’est rendu au Caire en Egypte, à l’université al-Azhar, haut lieu de l’islam sunnite. Conjointement avec le Grand Imam Ahmad Al-Tayyib, il a dénoncé la violence commise au nom des religions, rappelant que tuer au nom de Dieu est satanique. Une référence au terrorisme islamiste et aux exactions de Daech.
A noter enfin, la prière commune pour la paix, organisée en juin 2014 au Vatican, réunissant les présidents israélien Shimon Peres et palestinien Mahmoud Abbas.
Lors de son voyage en Terre Sainte, en 2014, François a pris de court son entourage et ses hôtes, en faisant arrêter son convoi pour se recueillir devant la barrière de sécurité qui sépare Bethléem de Jérusalem. Un geste symbolique qui rappelle la volonté du pape de bâtir des ponts et non des murs.
Enfin, son souci des jeunes et de leur avenir est constant. On ne compte plus le nombre de fois où il leur a dit "Ne vous laissez pas voler votre espérance."
François est un pape un peu atypique si on le compare avec les pontifes précédents, car son profil de pasteur connaissant les réalités du monde le rend proche des gens, qu’ils soient croyants ou non. C’est pourquoi sa parole est écoutée et respectée.
Jean-Jacques DURRÉ
Retrouvez notre dossier de 4 pages dans le journal Dimanche.

Aujourd'hui 13 mars, c'est le 5e anniversaire du pontificat de François. Indéniablement, la désignation en 2013 du cardinal Jorge Bergoglio comme 265e successeur de l’apôtre Pierre, a d’abord surpris pour ensuite bousculer.