Le 15 février dernier, un employé de ferme a été assassiné près de Hammanskraak, en Afrique du Sud. L’information provient de Ian Cameron, engagé auprès d’AfriForum, une ONG de défense de la minorité blanche. Et les attaques contre les propriétaires et employés de ferme blancs en Afrique du Sud ne cessent d’augmenter.
Selon la Fédération des Syndicats d’Afrique du Sud, le nombre d’attaques contre les fermes tenues par des blancs a triplé depuis 2010. Les recherches de Kate Wilkinson, publiées sur le site AfrikaChek, confirment l’augmentation dramatique des meurtres à l’encontre la minorité blanche. L’année dernière, les fermiers blancs étaient ainsi septante-deux à perdre la vie. Une situation qui ravive les tensions raciales.
« Les fermiers sont torturés jusqu’à la mort dans leurs fermes, dans des proportions inhabituelles », dénonce Ernst Roets, le responsable d’AfriForum.
Pour le Parlement Européen, cette situation signe l’échec du projet de la « Nation Arc-en-Ciel » de l’archevêque anglican Desdmond Tutu, soutenu par Nelson Mandela. Hélas, l’espoir d’une société sud-africaine post-raciale se heurte à de nombreux obstacles depuis la fin de l’Apartheid en 1991.
Causes des violences
La cause principale de ces meurtres tient à la répartition des terres agricoles en Afrique du Sud. Le gouvernement de Nelson Mandela s’était attelé à leur redistribution, mais dans les faits, la situation est encore très contrastée. La minorité blanche représente en effet 8,9 % de la population et possède 73 % des terres agricoles.
Par ailleurs, la situation a particulièrement dégénéré depuis la mort de Nelson Mandela en 2013, « père rassembleur de la nation Arc-en-ciel ».
L’aggravation de la pauvreté et du chômage joue également un rôle non négligeable.
Enfin ces meurtres peuvent aussi être expliqués par la création en 2013 du parti d’extrême gauche Combattants pour la liberté économique (Economic Freedom Fighters). En 2014, ce parti obtient 6,4 % des voix et devient le troisième parti d’Afrique du Sud. Julius Malema, à la tête des Combattants pour la liberté économique, est connu pour ses appels à la violence contre les blancs. Il s’oppose en outre à Nelson Mandela, qui œuvrait pour une redistribution progressive et pacifique et des terres agricoles. En mars 2017, Julius Malema déclarait ainsi: « Peuple d’Afrique du Sud, si vous voyez une belle terre, prenez-la, elle vous appartient ».
Réactions
La justice a interdit à Julius Malema de réitérer ses propos sous peine d’arrestation. L’occupation illégale des terres agricoles, à laquelle il encourage la population noire, est d’ailleurs contraire à la Constitution sud-africaine.
En octobre dernier, la marche du « Lundi noir » a par ailleurs rassemblé la minorité blanche qui protestait contre les « Farm Attacks », mais cette marche a suscité de nombreuses critiques en Afrique du Sud. Le COSATU (Congrès des syndicats de commerce sud-africains) et l’ANC (Conseil national africain) y ont vu une manifestation « à caractère racial ». Si certains manifestants brandissaient effectivement des drapeaux datant de l’Apartheid, ce n’est pourtant pas une généralité. Le « caractère racial » de la manifestation doit ainsi être nuancé : le « Lundi noir » ne visait pas à affirmer une quelconque supériorité raciale, mais à dénoncer des crimes qui ont, eux, un caractère racial manifeste – et c’est justement la minorité « raciale » visée qui dénonce ici les crimes dont elle est victime –.
Malheureusement, ces réactions n’ont pas suffi à améliorer la situation. Les violences à l’égard des blancs en Afrique du Sud se poursuivent. Sur les réseaux sociaux, certains n’hésitent pas à parler de « génocide ». Quelles que ce soient les causes historiques ou sociologiques qui expliquent les atrocités commises, elles ne les justifient en rien sur le plan moral.
MMH
Image: CC-BY Christopher Griner
