En République Démocratique du Congo (RDC), nombreux sont ceux qui craignent des débordements le 31 décembre, jour où des marches auront lieu à travers ce vaste pays pour réclamer le respect de l'accord de la Saint-Sylvestre de 2016
Le 31 décembre 2017 marque le premier anniversaire des accords de la Saint-Sylvestre, conclus grâce à la persévérance de l'Eglise congolaise; accords qui étaient censés gérer le processus de transition jusqu'à l'organisation de l'élection présidentielle en décembre 2017. Douze mois plus tard, le blocage est réel et le président Kabila est toujours à la tête de l'Etat. Quant aux élections, elles ont été repoussées au 23 décembre 2018. Ce qui a provoqué la colère notamment de l'opposition. Mais, celle-ci est plus divisée que jamais, surtout au sein du parti de feu Etienne Tsishekedi, l'UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès social), où ils sont nombreux à prétendre assurer la succession du leader historique.
Résistance de l'Eglise
L’élection présidentielle ne devrait donc avoir lieu que dans un an, mais les catholiques congolais n’entendent pas relâcher la pression. Début décembre, l’abbé Vincent Tshomba a appelé les prêtres de Kinshasa à faire sonner les cloches de leurs églises pendant quinze minutes, chaque jeudi, à 21 heures. Cela afin d’encourager l’application de l’accord de la Saint-Sylvestre de 2016. En plus des cloches des églises, les fidèles catholiques sont également appelés à faire du bruit les jeudis, à l’aide de klaxons, sifflets, vuvuzelas, casseroles. Toutefois, cette initiative rencontre des détracteurs. Mercredi 27 décembre, l’abbé Tshomba a ainsi été entendu par la justice, après avoir été visé par une plainte de l’Union nationale des nationalistes (Unana) pour «tapages nocturnes».
De même, l'appel de l'abbé Tshomba n’est pas appréhendé de la même manière dans l’ensemble du pays. Egalement prêtre à Kinshasa et correspondant local pour Radio Vatican, le père Jean-Baptiste Malenge considère que l’appel de l’abbé Tshomba n’est pas suivi de la même manière dans l’ensemble du pays: « A Kinshasa, dans les quartiers populaires, les gens font effectivement du bruit. Mais dans d’autres quartiers, la cloche de l’église ne sonne pas et personne ne crie dans la rue. Dans les provinces, des évêques participent à l’opération mais d’autres considèrent que l’initiative est propre au diocèse de Kinshasa, et qu’il revient à chaque diocèse de trouver comment agir pour appliquer le dernier message de l’Assemblée plénière de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO). »
De son côté, lors des célébrations de la Nativité, l’archevêque de Kinshasa, le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya (photo), a exhorté les catholiques à dénoncer «les actions et les projets contraires à la paix de la nation et des personnes qui la composent». Le prélat, qui fait notamment partie du groupe C9 chargé de conseiller le pape sur la réforme de la Curie romaine, a appelé les responsables politiques à se mettre au service du peuple. «La grandeur de l’homme se situe non dans les astuces politiques pour la conquête du pouvoir, mais dans la mesure où cette sagesse politique est mise au service du peuple, pour le projet de Dieu, pour un peuple et pour un pays», a rappelé le cardinal. Et d’insister «s’il y a une chose importante que tout le monde, aujourd’hui, doit avoir, dans une nation et partout dans le monde, c’est la paix. La célébration de la Nativité, c’est la célébration de la paix».
"Des élections en 2017: irréaliste!"
L'allusion à la situation politique actuelle et à la responsabilité de tous les protagonistes est claire, mais le cardinal s'est bien gardé de citer des noms. Preuve peut-être que l'Eglise entend malgré tout, et nonobstant les efforts qu'elle a déjà déployés, soutenir le processus de transition et cela même si les élections n'ont pas leiu cette année. En novembre dernier, elle s’est en effet exprimée en faveur de l’organisation d’une élection présidentielle en décembre 2018, ce que prévoit la Commission électorale nationale indépendante (CENI)."Ce serait irréaliste d'encore réclamer des élections pour 2017", juge l’abbé Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO. "Je crois que les initiatives lancées par les curés et doyens de Kinshasa ainsi que par le CLC sont avant tout des signaux forts car les gens sont très méfiants. Je pense que c’est l’expression d’un peuple dont le mobile est justifié, dans la mesure où il est pacifique." Précisons en effet qu'à côté de "l'opération cloches", le Comité laïc de coordination (CLC), a appelé la population à participer à une marche le 31 décembre 2017, estimant que les autorités n’ont pas répondu aux « conditions préalables » à l’organisation d’élections « réellement crédibles ».
Le risque de voir le dernier jour de l'année connaître des débordements est hélas bien réel.
J.J.D.
(c) Photo en Une: Human Right Watch


