En juin dernier, paraissait le premier numéro de la revue Aider. Un beau trimestriel de 120 pages qui fait le pari que la société n'est pas si individualiste qu'on le dit. Entretien avec sa rédactrice en chef, Véronique Châtel.
- Qu'est-ce qui vous a motivée à lancer une telle revue?
C’est le fruit d’une expérience personnelle, d’un parcours professionnel et de la rencontre avec un éditeur de presse et d’édition. La vie m’a amenée à me retrouver à deux reprises dans la situation de proche aidante. J’ai fait l’expérience de la fatigue, du découragement, de l’envie de répit qu’éprouvent tous les aidants. Mais finalement, c’est cette réflexion "vivement que ça s’arrête" émanant de ceux qui observaient mes allers et retours à l’hôpital, qui m’a le plus éprouvée. Comme si ce temps donné à un autre était un temps perdu. Un temps sacrifié, en somme. Comme si la personne malade n’était déjà plus tout à fait un humain méritant qu’on s’intéresse à elle. Par ailleurs, en tant que journaliste indépendante, j’ai mené plusieurs reportages sur les professionnels du grand âge, travaillant dans des maisons de retraite et à domicile. Leur frustration de ne pas réussir à valoriser le volet "humain" de leur activité professionnelle m’a touchée. Deux de ces reportages ont été publiés par les éditions Scrineo dirigé par Jean-Arif, un éditeur de presse et d’édition à la fibre humaniste développée! Le projet de la revue Aider s’est construit au fil de nos échanges.
- Quelle est sa spécificité? Qu'est-ce qu'on y trouve?
Aider est la première revue qui porte sur les relations de solidarité. Avec des décryptages psy de situations quotidiennes entre aidants et aidés, des reportages, des réflexions philosophiques, des entretiens de personnalités lumineuses, des portraits, des conseils, elle ambitionne d’apporter des repères à tous ceux qui s’engagent dans une relation avec un autre, proches aidants, bénévoles et professionnels du soin. Comptant parmi ses auteurs des contributeurs spécialisés - psychologues, médecins, sophrologues, professeurs de philosophie et d’histoire etc..., la revue Aider délivre des clés pour mieux vivre la relation aidant/aidé mais aussi pour lui apporter du sens. L’autre spécificité de la revue Aider est son esthétisme. C’est une "belle" revue avec des intentions graphiques fortes, des illustrations et des photos exclusives.
- N'est-ce pas une gageure que de lancer une revue sur la solidarité alors que notre société est plutôt individualiste et que le secteur de la presse écrite est en crise?
Notre société occidentale n’est pas aussi individualiste qu’on le colporte en permanence. Si tel était le cas, on ne parlerait pas du besoin de répit des proches aidants, qui sont des millions à supporter seuls des personnes en perte d’autonomie. Sans les millions de bénévoles qui s’engagent dans des associations de transmission de savoir, d’accompagnement, d’actions humanitaires, le nombre d’exclus serait plus important encore. Les médias ont tendance à aborder la réalité par ce qui ne va pas. Nous l’abordons par ce qui va bien: les liens de solidarités entre les gens. A partir de là, nous pouvons aussi évoquer les manques et les défauts de notre société, nous n’y manquons pas, mais y en portant un regard optimiste. Gageure que se lancer dans une aventure de presse écrite? Le groupe d’édition Scrineo n’en est pas à sa première. Il a déjà lancé la revue de culture générale l’Elephant, qui a plus que doublé son audience en cinq ans. C’est la preuve que lorsque la presse écrite joue son rôle et propose des articles fouillés et des temps de lecture qui permettent de rentrer dans les sujets, elle trouve son public. Les lecteurs apprécient qu’on les considère. En tout cas, c’est ce qu’ils nous écrivent.
- Comment allez-vous donner une couleur belge à cette revue?
La rédaction de Aider se trouve à Paris, mais elle n’est pas une revue française pour autant. D’ailleurs, je suis Suissesse d’origine! Le projet de la revue est de créer une culture de l’autre, d’inscrire l’expérience d’aidant dans une aventure humaine, de favoriser les passerelles entre les aidants proches, les bénévoles et les professionnels. Toute personne qui se situe dans la défense de l’humain se retrouve dans notre revue. Peu importe qu’elle soit française, suisse ou belge. Cela dit, celui qui a fait la couverture du deuxième numéro de Aider est Belge: il s’agit de l’écrivain Eric-Emmanuel Schmitt!
Propos recueillis par Pierre GRANIER
En juin dernier, paraissait le premier numéro de la revue Aider. Un beau trimestriel de 120 pages qui fait le pari que la société n'est pas si individualiste qu'on le dit. Entretien avec sa rédactrice en chef, Véronique Châtel.
- Comment allez-vous donner une couleur belge à cette revue?