Dans la peau d’un migrant


Partager
Dans la peau d’un migrant
Par Sophie Delhalle
Publié le - Modifié le
7 min
Le CIEP-MOC, Solidarité Mondiale et le CNCD proposent une après-midi de formation à Tournai pour s'approprier les enjeux et outils pédagogiques de la campagne « Justice migratoire ».

Lutter contre les injustices

En avril 2017, CNCD 11.11.11 lançait une nouvelle campagne "Pour la justice migratoire". Selon le consortium, il n’est pas possible de parler de justice sans évoquer les injustice. Et en matière de migrations, elles sont nombreuses. Tout d'abord, le CNCD parle d'injustice sociale ; depuis plusieurs décennies, les politiques ont progressivement rendu la migration légale à peu près impossible pour la majorité de l’Humanité. Résultat : ceux qui cherchent à quitter leur pays d’origine doivent souvent le faire au péril de leur vie, comme en témoignent les milliers de morts comptés chaque année sur les routes migratoires. Ensuite, le CNCD pointe une injustice de l'accueil ; l’Europe est loin d'accueillir « toute la misère » du monde, comme le martèlent certains : seuls 8 % des réfugiés y résident. Les Etats européens brandissent le règlement de Dublin (qui prévoit l’obligation pour tout demandeur d’asile de s’adresser au premier pays dans lequel il a mis les pieds) pour se dégager de leur responsabilités et se reposer sur des pays fragiles comme la Grèce et l'Italie. Enfin, cette campagne du CNCD met l'accent sur une injustice de genre, car les politiques restrictives mises en place ont un impact particulier sur les femmes, qui sont d’autant plus susceptibles d’être victimes de violences spécifiques et de traite des êtres humains. Selon l’ONU, 70% des femmes migrantes sont victimes de viol.
Pour le CNCD, établir la justice migratoire, c’est opérer un virage à 180 degrés en matière de politiques migratoires en défendant la solidarité, pour réduire les inégalités sociales et permettre à chacun de vivre dignement là où il est né, en défendant le droit de tout être humain à vivre dignement là où il le souhaite et en défendant l’égalité en matière migratoire, notamment en garantissant les droits des travailleurs migrants et de leur famille pour lutter contre le dumping social.

Jouer pour mieux appréhender

Cette question migratoire s'impose de plus en plus comme l'un des grands enjeux de notre société. Pour aider les enseignants à aborder ce sujet délicat en classe, une mallette pédagogique sur la « justice migratoire » a donc été conçue par un collectif d'associations coordonné par le CNCD-11.11.11. Elle est destinée à l'enseignement secondaire supérieur ou pour tout groupe constitué d'un public de minimum 15 ans.

Les outils pédagogiques mis à disposition du corps enseignant - 18 supports d'animation - permettront de comprendre et d'expliquer le phénomène des migrations en sortant des préjugés et des approximations. Certains d'entre eux proposent d'analyser ensemble d'autres politiques migratoires possibles en donnant aux élèves la possibilité de réfléchir, d'argumenter, de construire des pistes futures.

Une après-midi de formation aura donc lieu le mercredi 4 octobre 2017 de 13h30 à 16h30 à « Notre Maison » (bâtiment CSC), avenue des Etats-Unis, 10 à Tournai. Pour y participer, il est obligatoire de s'inscrire par mail ([email protected]) ou par téléphone (069/880.762 ou 0471/82.28.37)

Si vous ne pouvez être présents à cette date, vous pourrez commander la mallette pédagogique sur le site du CNCD ou contacter l'organisme pour donner une formation dans votre établissement ou au sein de votre structure, pour un groupe de minimum de 10 personnes.

Dans la peau d'un migrant

Depuis quelques temps, de nombreuses initiatives ont vu le jour pour sensibiliser le grand public à la question migratoire dans une perspective d'humanisation de la problématique. En effet, la plupart de ces démarches propose de se glisser dans la peau d'un migrant pour mieux comprendre la réalité à laquelle ils sont confrontés sur les routes de l'exil.

En Belgique, conçu sur le modèle du jeu de l'oie par le chercheur, écrivain et spécialiste des mouvements migratoires, Bonaventure Kagné, "Le Jeu du Migrant" a pour but de sensibiliser les jeunes au parcours des réfugiés. Ce professeur du CEPES de Jodoigne a eu l'idée de créer ce jeu suite au constat du manque d'outils pour aborder et éclairer différemment cette thématique. Plongé dans le monde de l'enseignement, Bonaventure Kagné voulait surtout pouvoir aborder la migration en évacuant les stéréotypes et les préjugés, et, "à travers une approche faussement ludique", aider les élèves à faire la part du vrai et du faux. Ce jeu est adapté pour les enfants à partir de 6 ans.

Créé par La Cimade en 2007, "Parcours de migrants" a été actualisé en 2014. A la façon d’un jeu de l’oie, le plateau représente le parcours d’un migrant qui quitte son pays, qui prend la route pour venir en France, et qui tâche d’y (re)construire sa vie. Les cases orange sont directement liées à ce parcours. Les cases bleues permettent, sous différentes formes, de s’informer et d’échanger sur les migrations en France et dans le monde. au début du jeu, chaque joueur tire au sort un profil de migrant et endosse son personnage jusqu’à la case «Y arriver». Tout au long du parcours (découpé en 4 périodes : le départ – la migration – l'insertion – rester ou rentrer), les joueurs passeront par des cases obligatoires telles que par exemple la demande de visa. Petit bémol : ce jeu requiert de 1 à 3 animateurs, dont une personne familière des réalités migratoires et des aspects juridiques afin d’être en mesure de répondre aux questions posées par les joueurs pendant la partie. A noter que cette version française emploie des termes non existants en Belgique (centre de rétention).

Derrière un aspect ludique, " Parcours de migrants" est un outil qui, pour ses concepteurs, permet d’amener une responsabilisation citoyenne et d’humaniser des situations singulières qui n’apparaissent pas derrière des termes tels que sans-papiers, étrangers, réfugiés... Ce jeu s'adresse à un public d'adolescents (à partir de 12 ans) et peut prendre une forme «grandeur nature » en suivant l’adaptation imaginée par ses concepteurs.

Thierry Brimioulle est le concepteur d'un jeu vidéo bruxellois appelé The man came around. Ce dernier avait lancé une campagne de financement participatif (qui s'est clôturée avec succès en mai 2017) pour pouvoir développer ce jeu vidéo d'anticipation, engagé et réflexif au design très épuré. Plongé dans Occida, une des plus puissantes démocraties du monde, secouée par une vague de protestations réprimées brutalement par le pouvoir en place, le joueur doit guider une équipe de cinq personnes pour les amener vivants dans un pays plus sûr. Un jeu vidéo qui pose la question "comment survivre après la démocratie?" mais qui fait vivre une expérience proche de celle vécue par les migrants fuyant la guerre et les régimes autoritaires.

Autres outils

Cours en ligne

Très actif dans la défense et la promotion des droits des réfugiés, Amnesty International propose de télécharger via internet un nouveau livret qui répond à nos questions pour lutter contre les préjugés. L'organisme offre également la possibilité de suivre un cours en ligne gratuit et ouvert à tous sur les droits des réfugiés. Ce cours est accessible jusqu'au 19 novembre 2017. La seule condition est de bénéficier d'une connexion Internet.

Immersion

Certains font le choix plus radical de se glisser physiquement dans la peau d'un migrant. Dans un reportage d'ARTE du 7 août 2017, on pouvait découvrir le projet d'une ONG suisse, l'OSAR, (organisation suisse d'aide aux réfugiés, à Lausanne) : un jeu de rôle ultra-réaliste où de simples citoyens sont invités à se mettre dans la peau de réfugiés pendant quelques heures. De cette façon, ils peuvent mieux comprendre ce que subissent ces personnes qui fuient leur pays. Cette démarche est très instructive pour les acteurs sociaux directement confrontés aux réfugiés qui taisent souvent cette part sombre de leur exil. D'anciens réfugiés ont d'ailleurs aidé à la conceptualisation du jeu. Les participants ont le droit de sortir du jeu lorsqu'ils estiment que la pression psychologique et/ou physique est devenue trop forte. Les participants sont regroupés en "familles" et doivent essayer de parvenir en Europe tous ensemble. Les cris et les larmes sont réelles même si la situation reste fictive pour les joueurs. La plupart des participants ont été au terme du jeu. Mais reconnaissent que, contrairement aux migrants, ils avaient la possibilité de tout arrêter. Ce qui change tout.

L'OSAR organise aussi ce genre de jeu de rôle dans les écoles secondaires de manière adaptée. Les élèves ont vécu une série d'expériences comme l'attaque de leur village, le passage d'une frontière ou les menaces des soldats. A l'issue du jeu, les élèves participent à un débriefing lors duquel ils partagent leur ressenti avant d'assister au témoignage d'un ancien réfugié.

 

Chez nous, les visiteurs du centre pour réfugiés de la Croix-Rouge à Sainte-Ode ont eu l'occasion fin juin 2017 de participer à un jeu de rôle moins oppressant mais tout aussi réaliste. Lors de la journée "portes ouvertes", ils se sont glissés dans la peau de migrants, les demandeurs d’asile jouant le rôle des douaniers. Cette journée était aussi l’opportunité de rencontrer les résidents et de mieux comprendre leurs parcours au travers d’exposition et de témoignage.

Sophie Delhalle

Catégorie : Belgique

Dans la même catégorie