Entre un séjour en Croatie pour accompagner spirituellement une cohorte de motards et les préparatifs de la prochaine messe télévisée*, la vie du curé néerlandophone de Jette ne ressemble à aucune autre.
Difficile de rester impassible face aux multiples compositions florales qui ornent l’église Saint-Pierre à Jette. En semaine, le "padre" Dirk Vannetelbosch nous a fait l’honneur d’ouvrir les portes et d’y guider dans cet édifice qui est fleuri, chaque lundi, par une équipe de bénévoles. "Certains reprochent que cela fait beaucoup!", reconnaît le prêtre, amusé. Mais, riposte-t-il aussitôt: "Dit-on d’une maison qu’elle est trop décorée?"
Le cadre est posé: c’est dans cette paroisse de la place Cardinal Mercier à Jette que Dirk Vannetelbosch a été nommé il y a une douzaine d’années. Un lieu qui est devenu sa "maison", où il a trouvé ses marques… En découvrant l’intérieur de l’édifice, le curé a retrouvé ses réflexes horticoles pour transformer les murs gris en quelque chose de vivant. D’année en année, des bénévoles sont venus appuyer ses efforts qui font de l’église Saint-Pierre un espace où il fait bon venir, se promener ou respirer…
Depuis l’enfance, Dirk Vannetelbosch a la passion des fleurs. Il a grandi au cœur du Brabant flamand, il garde au fond de lui l’envie de retourner vivre à la campagne. Mais son parcours professionnel et religieux l’a amené à Bruxelles où il apporte avec lui son goût floral. Pourquoi les bouquets ont-ils autant d’importance à ses yeux? Outre l’aspect esthétique, le padre Dirk présente un autre argument: "admirer une fleur, permet de s’ouvrir à tous et à tout. Elles n’ont pas de couleur politique ni de parti pris. Je n’ai jamais entendu une fleur dire ‘je suis musulmane’ ou ‘je suis francophone’!" Le prêtre souligne donc le caractère universel de ce langage des fleurs.
Entrer dans cette église fleurie de Jette s’avère une démarche neutre linguistiquement, puisque les visiteurs y sont accueillis en français ou en néerlandais. Cela se vérifiera ce dimanche 27 août puisque la messe célébrée en deux langues sera aussi retransmise sur la VRT et la RTBF. Dirk Vannetelbosch en coordonne la préparation, entre les équipes techniques et les bénévoles de la paroisse. Il joue également un rôle de passerelle entre les deux communautés linguistiques. Cela se vérifie pendant l’entretien qu’il nous accorde où il jongle entre une conversation en néerlandais et quelques explications francophones.
Par son exemple, le visiteur prend conscience des liens de plus en plus solides entre les deux pastorales jettoises. Le curé néerlandophone reconnaît: "il y a eu longtemps un fossé entre les chrétiens flamands et les francophones. Ce n’est pourtant qu’une seule famille!" Le padre Dirk cite le cas récent de baptêmes célébrés dans la paroisse: le rituel se déroulait dans les deux langues puisque les familles concernées venaient des deux communautés. Pour une meilleure compréhension des fidèles, Dirk Vannetelbosch fait parfois appel à son homologue francophone. Encore que l’assemblée est très indulgente sur les balbutiements du padre lorsqu’il lit en français…
Le multilinguisme était loin d’être une évidence pour le jeune Dirk qui, enfant, a d’abord dû lutter contre une forme aiguë de bégaiements. Dans un portrait récent publié dans Le Soir, le padre Dirk racontait: "je ne pouvais pas m’exprimer comme je voulais." Lui qui souhaitait devenir prêtre pensait ne pas avoir accès au sacerdoce à cause de ce handicap. Il commence alors une autre carrière dans la banque, avant de suivre quelques cours théologiques pendant ses vacances. "Ma vie est pleine de défis", constate-t-il avec le recul: "J’ai dû faire des efforts à chaque étape, pour passer les examens, pour prendre la parole, etc."
Un sens de l’écoute
Son défaut de la parole, Dirk Vannetelbosch l’a transformé en atout. Il apprend à écouter davantage qu’à s’exprimer. Dès son stage à l’hôpital Saint-Jean (de Bruxelles), il prend le temps d’entendre chaque patient qui demande sa visite. "De toute façon, je ne sais pas bien parler!", reconnaît-il. Cette attitude d’écoute, il la maintient encore aujourd’hui lors des réunions paroissiales ou des rencontres avec les familles pour préparer un sacrement. Au-delà des fardes toutes prêtes avec des chants et des textes adaptés, le padre Dirk essaie d’ "être à l’écoute de ce qu’ils ont vraiment dans le cœur". Le plus beau compliment consiste alors à ce que la famille n’utilise pas les textes "tout faits", mais qu’elle laisse s’exprimer ses véritables choix dans la liturgie.
Pour un pasteur, constate Dirk Vannetelbosch, c’est vraiment une occasion unique de se plonger dans une situation contemporaine. "Les prêtres sont souvent déconnectés de la réalité", regrette-t-il. C’est ce qui explique, toujours selon lui, que les églises ne soient pleines qu’en de rares occasions. "Dans ma famille, quasiment personne ne va à la messe". Ce curé pas comme les autres a aussi une méthode bien à lui pour rencontrer les paroissiens. En circulant place Cardinal Mercier à Jette, devant "son" église, il salue tout le monde. Il connaît les policiers, qui travaillent au commissariat de l’autre côté de la place. Dirk Vannetelbosch a aussi ses habitudes chez les différents commerçants et chez le vendeur ambulant où il s’approvisionne chaque midi. Il entretient encore d’excellentes relations avec l’imam qui vient régulièrement discuter chez lui. Il est à l’aise avec les autorités locales avec qui il prépare notamment les Floralies de ce mois d’août.
Cette proximité avec les Jettois, le padre Dirk la doit vraiment à sa méthode de l’écoute. Dans toute réunion, il aime que chaque participant, chaque personne autour de la table, puisse s’exprimer. Le curé apprécie particulièrement les phrases "au présent, et non pas à l’impératif!" D’ailleurs, il n’est pas très adepte des comptes-rendus de réunions, surtout ceux où sont listées les choses "qu’il faut faire". Dirk Vannetelboch se voit davantage comme un coach qui encourage les bénévoles, et les pousse à aller de l’avant. "Mais si nous ne savons pas nous mettre en route sur un sujet, reconnaît-il, nous n’hésitons pas à demander de l’aide." Comme dans beaucoup de paroisses, l’église Saint-Pierre recherche toujours des bénévoles.
Le portrait du padre Dirk serait incomplet sans évoquer sa passion pour les motos. La place Cardinal Mercier est régulièrement envahie par des bécanes qui sont bénies par le curé. Dirk Vannetelbosch est devenu l’aumônier des ‘Blue Knight’, des forces de l’ordre circulant à moto. Contrairement à ce qu’on croit, précise l’aumônier, "un motard n’est pas forcément un voyou. Il y a une forme de solidarité entre nous… l’un est là pour l’autre." La présence du padre Dirk ne se limite pas au territoire bruxellois. Sa fonction d’aumônier des ‘Blue Knight’ le pousse à traverser les frontières, en direction de la Croatie. Il est invité plusieurs fois par an pour y bénir les motos des policiers. Même si le sermon qu’il prononce est traduit en croate, Dirk Vannetelbosch a suffisamment appris cette langue pour comprendre ce qu’il lit. C’est une manière d’ "entrer dans leur culture", explique-t-il. Cela représente pourtant un défi supplémentaire pour quelqu’un qui, à l’adolescence, ne savait pas bien parler.
Anne-Françoise de BEAUDRAP
* Cette messe sera retransmise ce dimanche 27 août de 11h à 12h sur La Deux, depuis l’église Saint-Pierre de Jette. Le père Dirk Vannetelbosch assurera la prédication. A noter à cette occasion les présences de Boubker Macbahi, imam de Jette et du P. Sabri Aydin, prêtre syriaque-orthodoxe.

Entre un séjour en Croatie pour accompagner spirituellement une cohorte de motards et les préparatifs de la prochaine messe télévisée*, la vie du curé néerlandophone de Jette ne ressemble à aucune autre.