Harold Hyman: « La tournée de Trump est prosaïque »


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Harold Hyman: « La tournée de Trump est prosaïque »
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
4 min

Observateur politique, journaliste et auteur de "Géopolitiquement Correct & Incorrect" (1) et "Etats-Unis: Tribus américaines" (2), Harold Hyman (photo) enseigne également la géopolitique dans l'espace post-soviétique. Il juge que l'actuelle tournée diplomatique du président des Etats-Unis est prosaïque. "La monarchie saoudienne pèse financièrement beaucoup plus lourd que le Kremlin", dit-il.

L'OTAN était qualifié d’obsolète par le président américain. Aujourd’hui, il en fait une priorité de la politique étrangère américaine. Comment expliquer ce changement de cap ?

Le sujet n'a jamais été sérieux. Ni pour lui, ni pour son électorat. Que peut faire l'OTAN pour moi? Telle était leur attitude, son attitude. Comme souvent, Trump sait faire une volte-face sur des postures polémiques entièrement créées par lui. Car quasiment personne aux Etats-Unis ne se plaint de l’OTAN, - l’occasion pour Trump de faire bande à part. Un bon exemple a été donné lorsque Trump prenait la Chine populaire pour le plus grand manipulateur de devises au monde et une visite de Xi Jinping à Mar-a-Lago a suffi pour que Trump déclare avoir changé d'avis!

Il était il y a deux jours en Arabie saoudite, puis en Israël: est ce là l'axe du bien qu'il dessine face à l'axe du mal désormais incarné par l'EI et l'Iran qui pourtant se combattent en Syrie?

Trump évite le langage des axes idéologiques, car il se méfie des cosmogonies grandiloquentes à la George W. Bush. Sa démarche est plus prosaïque: s'en prendre au régime iranien lui permet de se rapprocher des Etats du Golfe, beaucoup plus riches. Barack Obama croyait aux vertus de la raison, de la mesure. Il avait tenté de faire bouger un peu les régimes du Golfe, face à leur conservatisme répressif. Il avait aussi ouvert une voie vers l'Iran, si étroite soit-elle. La tentative de réalignement moyen-oriental de Trump ravit Benyamin Netanyahou, qui lui aussi tente l’impossible: l’alliance entre Israël et les monarchies du Golfe, et aussi l'Egypte, contre tous les ennemis, le Hamas et les Frères musulmans d'un côté, et l'Iran des mollahs et le Hezbollah (subordonné aux mollahs iraniens) de l'autre. Il va sans dire que Daesh est l'ennemi de tous. La particularité de Trump est d'avoir épousé l'idée que ce sont les mollahs à Téhéran qui forment un Etat terroriste... A nous de déduire que ces mêmes mollahs subventionnent non seulement le Hezbollah mais Daesh aussi! Ce qui est presque inconcevable, vu que les Gardiens de la Révolution iranienne sont plusieurs milliers en Syrie et en Irak, où ils combattent Daesh.

Est-ce une nouvelle politique américaine au Moyen Orient?

Non, Trump n'a pas inventé cette posture maximaliste anti-iranienne et il ne se soucie guère des incohérences de celle-ci. Des courants à Washington préconisent un revirement anti-Téhéran, et Rudolph Giuliani en est la figure de proue. Le président s'est simplement aligné sur ce courant afin de renouer avec le bloc sunnite (monarchies et Egypte), et mener ce bloc à la paix avec Israël sous sa tutelle personnelle. Une telle paix aurait pour corollaire un arrangement israélo-palestinien. Il suffirait que Mahmoud Abbas parachève le divorce avec le Hamas, et que Benyamin Netanyahou cesse de coloniser et redessine les frontières. Netanyahou quant à lui, est réservé sur le volet palestinien mais en accord parfait sur le reste cette vision de Trump. L'Israélien a même déclaré lorsque Trump est descendu à l'aéroport de Tel-Aviv Ben Gourion en provenance de Riyadh: "Puisse-t-il y avoir un jour un vol régulier entre ces deux villes".

Peut on lire dans ce changement de cap, une défiance grandissante vis a vis de la Russie?

Donald Trump est essentiellement attiré par l'argent, l'acquisition d'immeubles, de domaines et de terrains de golf qui lui permettent de frimer. Il est également une personnalité télévisuelle, adorant se voir à l'écran avec un public qui se compte en millions. Donc le Kremlin, dans l'équation, n'est à situer que dans la perspective d'un bon client. Savoir si la Crimée est russe ou ukrainienne ne l'intéresse pas. Or la monarchie saoudienne pèse financièrement beaucoup plus lourd que le Kremlin.

L'enquête sur les liens entre des proches de Trump et la Russie joue-t-elle un rôle dans le refroidissement des relations entre Poutine et Trump?

Oui, cela paralyse le président américain. Il aurait voulu passer à travers les gouttes, entretenir des relations financières et diplomatiques avec l'oligarchie russe, tout en prétendant opérer un "reset" après les excès anti-russes de Hillary Clinton et Barack Obama. L'enquête l'oblige à mettre tout projet russo-américain en attente. Poutine semble l'avoir si bien compris qu'il ne lui en tiendrait pas grief. Sergueï Lavrov, et Sergueï Kisliak l'ambassadeur de tous les contacts illicites avec le général Flynn et le ministre de la justice Jeff Sessions, sont même venus voir le président dans son bureau, comme pour dire "on vous apprécie, prenez votre temps pour régler vos ennuis politiques". Ou encore l'on pourrait également lire le message de Trump envers Poutine: "je souhaite maintenir le cap du rapprochement russo-américain, mais je suis immobilisé pour l'instant."

Propos recueillis par Laurence D’Hondt

  1. 2014, éditions Tallandier
  2. 2016, Nevicata
Catégorie : International

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