
Chaque année, la communauté Sant’Egidio organise une marche commémorative de la Shoah dans les rues d’Anvers où la communauté juive est très importante. Pour la première fois, un imam musulman a pris la parole à la fin de la marche, près du monument dédié aux déportés.
Saïd Aberkan, responsable pour les consultants musulmans au sein des institutions pénitentiaires, a rappelé le dimanche 11 septembre, jour de la marche commémorative, le nom de quelques musulmans qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, ont protégé des compatriotes juifs contre la barbarie nazie: l’Algérien Abdelqader Ben Ghabrit, directeur de la mosquée de Paris, le diplomate iranien Abdol Hossein Sardari et le docteur égyptien Mohammed Helmy, auquel a été octroyé le titre posthume de "Juste parmi les Nations" pour avoir caché une fillette juive à Berlin pendant trois ans. "Aujourd’hui, les musulmans vivent des situations semblables à celles de nos frères juifs jadis. Ils sont persécutés voire massacrés par leurs propres régimes et par des terroristes qui revendiquent leurs actes au nom d’Allah", a déclaré Saïd Aberkan.
Il n’était pas le seul à voir un parallèle entre les années qui précédaient la Seconde Guerre Mondiale et les temps actuels. Le professeur Herman Van Goethem, qui vient de quitter la direction de la Caserne Dossin à Malines car élu recteur de l’université d’Anvers, ne cesse de répéter que "les mécanismes collectifs que nous vivons maintenant, ressemblent très fort à ceux de l’avant-guerre. Nous devons dès lors ranimer notre ‘plus jamais ça’!".
C’est par ailleurs ce que Régine Sluszny fait depuis des années, d'abord comme présidente de "l’association de l’Enfant caché" et maintenant comme vice-présidente du Forum der Joodse Organisaties" (Fourum des Organisations juives). "Il est évident que ce qui compte en temps de conflits ne doit pas être la religion ou l’opinion politique, mais seulement la bonté humaine", a-t-elle dit.
Un devoir d'humanité
Régine Sluszny sait de quoi elle parle. Enfant pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a trouvé refuge chez une famille de chrétiens belges. "Ils allaient à l’église tous les dimanches. Mais jamais ils ne m’ont parlé de la religion, par respect pour mes origines juives. Oui, il est possible d’être humain avant tout autre chose! Je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi cela n’est pas évident pour tout le monde. Je continuerai à raconter mon histoire, parce que témoigner de la Shoah n’a rien de revendicatif; il s’agit d’apprendre aux jeunes générations ce qu’est la valeur de la tolérance". Et d'ajouter: "Aussi longtemps qu’on ressent de la haine, on ne peut jamais être libre!" Un message qui rejoint celui de l’imam Saïd Aberkan, qui a souligné à plusieurs reprises que "commémorer la Shoah n’est pas un devoir religieux, mais un devoir d’humanité".
Benoit Lannoo
© Photos: Sant'Egidio

