Cardinal Vingt-Trois: « On ne construit pas l’union de l’humanité en chassant les boucs-émissaires »


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Cardinal Vingt-Trois: « On ne construit pas l’union de l’humanité en chassant les boucs-émissaires »
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
5 min

Vingt Trois 1 Au lendemain de l'assassinat du Père Jacques Harmel par deux jeunes terroristes se réclamant de Daech, une eucharistie a été célébrée en la cathédrale de Paris. Devant un parterre de personnalités, dont le président français François Hollande et le premier ministre Manuel Valls, le cardinal André Vingt-Trois, qui présidait la célébration, a prononcé une homélie particulièrement dense et marquante.

A l'entame de son homélie, l'archevêque de Paris s'est adressé à Dieu, en reprenant les termes du prophète Jérémie: "Serais-tu pour moi un mirage, comme une eau incertaine?" (Jér. 15,18). Pour le cardinal Vingt-Trois, le "moment terrible que nous vivons" nous pousse à nous tourner vers Dieu, et même à "Lui demander des comptes" (...), au moment même où les événements semblent remettre en cause sa puissance et son amour".

Il a ensuite clairement opposé, d'une part, "ceux qui se drapent dans les atours de la religion pour masquer leur projet mortifère, ceux qui veulent nous annoncer un Dieu de la mort, un moloch qui se réjouirait de la mort de l’homme" et, d'autre part, "l’espérance inscrite par Dieu au cœur de l’homme", espérance qui "a un nom, elle se nomme la vie".

Face à la vengeance et à la mort: l'espérance

Précisant encore ce que en quoi consiste cette espérance, André Vingt-Trois a dit qu'elle a un visage, "le visage du Christ livrant sa vie en sacrifice pour que les hommes aient la vie en abondance". L’espérance a également un projet, "le projet de rassembler l’humanité en un seul peuple, non par l’extermination mais par la conviction et l’appel à la liberté". C’est encore cette espérance "au cœur de l’épreuve", a-t-il ajouté, "qui barre à jamais pour nous le chemin du désespoir, de la vengeance et de la mort".

C’est cette espérance qui, pour le cardinal, "animait le ministère du Père Jacques Hamel quand il célébrait l’Eucharistie au cours de laquelle il a été sauvagement exécuté". "C’est cette espérance qui soutient les chrétiens d’Orient quand ils doivent fuir devant la persécution et qu’ils choisissent de tout quitter plutôt que de renoncer à leur foi. C’est cette espérance qui habite le cœur des centaines de milliers de jeunes rassemblés autour du Pape François à Cracovie".

Face au nihilisme: une conviction

Poursuivant sa réflexion, le cardinal Vingt-Trois a renvoyé à cette conviction fondamentale selon laquelle "l’existence humaine n’est pas un simple aléa de l’évolution voué à la destruction inéluctable et à la mort", conviction qui "habite le cœur des hommes quelles que soient leurs croyances et leurs religions". C’est grâce à cette conviction "que nous pouvons résister à la tentation du nihilisme et au goût de la mort".

L'archevêque de Paris a ensuite exprimé ces mots très forts: "On ne construit pas l’union de l’humanité en chassant les boucs-émissaires".

Il a également mis en garde contre certaines formes de violence verbales, présentes dans le "monde virtuel", qui risquent de nuire "à la cohésion de la société et à la vitalité du lien social en développant un univers virtuel de polémiques". Car la "violence virtuelle finit toujours par devenir une haine réelle et par promouvoir la destruction comme moyen de progrès". Au contraire, "une société de confiance ne peut progresser que par le dialogue dans lequel les divergences s’écoutent et se respectent".

Quelles valeurs pour notre société?

L'archevêque a ensuite questionné le fait de se référer à des valeurs à défendre coûte que coûte, mais sans préciser quel est le contenu de ces valeurs. "Pour une bonne part", a-t-il dit, "la défiance à l’égard de notre société, – et sa dégradation en haine et en violence – s’alimente du soupçon selon lequel les valeurs dont nous nous réclamons sont très discutables et peuvent être discutées".

Il a ensuite souligné que, "quand une société est démunie d’un projet collectif, elle se réduit à un consortium d’intérêts dans lequel chaque faction vient faire prévaloir ses appétits et ses ambitions". "Alors, malheur à ceux qui sont sans pouvoir, sans coterie, sans moyens de pression ! Faute de moyens de nuire, ils n’ont rien à gagner car ils ne peuvent jamais faire entendre leur misère".

Face aux "peurs collectives", le "syndrome de l'abri"

Dans la dernière partie de son homélie, le cardinal Vingt-Trois a évoqué la somme des peurs collectives qui habite aujourd'hui la société française. "Est-ce parce que nous avons beaucoup à perdre que nous avons tant de peurs?", s'est-il interrogé. Et d'évoquer quelques-unes de ces peurs, "le réchauffement climatique, les aliments pollués, le cancer, le sida, l’incertitude sur les retraites à venir, l’accompagnement de nos anciens dans leurs dernières années, l’économie soumise aux jeux financiers, (...) l’angoisse du bébé non-conforme, ou l’angoisse de l’enfant à naître tout court", auxquelles vient s'ajouter, aujourd'hui, "l’horreur des attentats aveugles".

"Comment s’étonner", dès lors, "que notre temps ait vu se développer le syndrome de l’abri?" Face aux dangers qui menacent, "nous mettons en place tous les moyens de fermeture", a indiqué l'homme d'Eglise. En érigeant des murs et des frontières, nous pensons pouvoir empêcher "les pauvres de prendre nos biens, (...) les peuples de la terre de venir chez nous".

"Où trouverons-nous la force de faire face aux périls si nous ne pouvons pas nous appuyer sur l’espérance?", a alors conclu le cardinal. "Et, pour nous qui croyons au Dieu de Jésus-Christ, l’espérance c’est la confiance en la parole de Dieu telle que le prophète l’a reçue et transmise : 'Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te sauver et te délivrer'."

Lire aussi: Polémique sur la "légalisation des déviances"

Source: paris.catholique.fr

Photo: Le cardinal André Vingt-Trois

Catégorie : Eglise Belgique

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