Malgré son handicap, DJ Ridoo sur la scène


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Malgré son handicap, DJ Ridoo sur la scène
Par Anne-Françoise de Beaudrap
Publié le - Modifié le
5 min

(c)Cathobel

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Thibault, alias DJ-Ridooo habite à Liège. Il n’a pas l’usage de ses bras mais sa passion pour la musique l’a incité à repousser ses limites. Il doit son handicap à un accouchement difficile au cours duquel il a manqué d’oxygène. Aujourd’hui, à 25 ans, il mixe avec son nez et son menton. Témoignage d’un DJ exceptionnel.

D’où vous vient votre passion pour la musique?

J’ai commencé la musique il y a quatre ans, mais au début c’était un peu compliqué, je faisais n’importe quoi. Les gens me le disaient et ça m’a fait très mal. Mais on m’a dit que je ne devais pas abandonner donc j’ai continué. Aujourd’hui, les gens qui écoutent ma musique n’ont aucune réaction tellement ils sont surpris. Cela me fait plaisir.

Quand je devais avoir quinze ans, c’était l’époque où David Ghetta est arrivé avec sa musique révolutionnaire. Je suis tombé amoureux de la techno et je me suis dit: "et pourquoi pas moi?" J’ai commencé avec un ou deux programmes gratuits et au fil des années je me suis acheté des programmes pour faire de la bonne musique.

Vous faites souvent référence à votre "univers", quel est-il?

C’est un monde de taré. En fait, j’ai été au festival "Tomorrowland" et je m’y suis senti comme chez moi. Je voudrais être là-dedans 24h/24. C’est le plus grand festival de techno au monde qui est organisé une fois par an en Belgique. J’aime le fait qu’il n’y a pas de limites, que les gens ne jugent pas. La mentalité des gens y est tout à fait différente, il y a plein de gens qui sont venus m’embrasser et prendre des photos avec moi. Ils se sont amusés avec moi. Tout le monde me regardait, peu importe ma voiturette… C’est le monde que je recherche.

Parce que dans le monde de tous les jours les gens vous regardent autrement?

J’ai vécu une expérience pas évidente. Lors d’une sortie, j’ai vu dans un magasin une télévision qui m’intéressait. J’ai demandé au vendeur des renseignements, l’homme m’a regardé, il a rigolé, il s’est retourné et il est parti. Ça m’énerve les gens qui se font une opinion sans savoir, sans connaître. Un peu comme tous les gens qui me voient pour la première fois et qui se disent: "oh! Mince alors". Quand ils parlent avec moi, ils se disent "en fait il est cool".

C’est cette image-là que vous voulez casser en écrivant vos chansons?

Je ne pense pas qu’on puisse changer le monde, même en quelques années. Pour les gens, un handicapé, c’est un handicapé. Ils se foutent de savoir si la personne est trisomique ou autiste, c’est un "handicapé", la personne est catégorisée. Je ne hais pas le monde, je hais juste les gens qui portent des jugements. Quand je reçois des messages sur mon profil Facebook, on me dit que je fais de la bonne musique mais que je suis handicapé. Toutes ces piques s’accumulent en moi, au bout d’un moment, il y en a ras le bol. Alors je transmets ma colère sur papier.

Parmi les chansons que vous avez écrites, quelle est votre préférée?

Je pense que c’est "Le Prisonnier" parce que cela me reflète vraiment. Je suis attaché tout le temps mais je n’ai rien fait pour mériter cela, tandis que le prisonnier, c’est lui qui a voulu se retrouver en prison. Moi je n’ai rien voulu et pourtant je me retrouve prisonnier de mon fauteuil. Mais je me suis dit que mon handicap ne pouvait pas me forcer à ne rien faire de ma vie. Oui je suis handicapé, c’est triste, c’est malheureux mais au bout d’un moment, il faut avancer. Moi j’ai décidé d’avancer, et apparemment ça marche. Mes amis ont cru en moi et ça, ça me fait énormément plaisir. Il faut prendre confiance en soi pour aller de l’avant. Pendant l’adolescence, quand tu es handicapé, tu commences à prendre conscience de ta situation. Tu te rends compte qu’il y a de nombreuses barrières qui se ferment, et cela décourage beaucoup. Au point de te demander pourquoi tu vis si c’est pour être rejeté. Et là tu commences à imaginer ton avenir qui risque d’être pourri, que tu vas finir dans un centre.

Moi je n’ai pas envie de finir là-dedans, et je me bats. Je ne sais pas où je vais, je vis au jour le jour, je fais ma musique. Mon entourage, ma famille, l’école, m’ont aidé à faire de moi l’homme que je suis devenu. Mes profs m’ont toujours encouragé, ils m’envoient encore des messages me disant de continuer et qu’ils sont fiers de moi. Cela me fait plaisir. Je ne peux pas dire que je suis l’homme le plus heureux du monde, mais je peux dire que ma vie est belle parce que toutes les choses que j’ai voulu entreprendre, je les ai réalisées. Il n’y a pas beaucoup de personnes, handicapée ou non, qui y arrivent. Moi je me donne à fond, je donne tout pour y arriver.

Votre chambre est remplie de posters et figurines du même style…

Ce sont des créations du film de Tim Burton "L’étrange Noël de Mr Jack". Tim Burton fait dans le bien et dans le mal. Moi j’ai essayé d’être comme tout le monde, j’ai essayé de réaliser des choses pour qu’on me perçoive comme tout le monde. Mais je me suis dit que ça ne valait pas la peine. Il faut vivre avec son handicap et passer au-dessus de ce que pensent les gens. Je ne dis pas qu’il faut être égoïste, mais avant de regarder les gens, il faut d’abord se regarder soi-même, ce qu’on est et ce qu’on fait. Je pense que c’est le plus important parce que critiquer des gens ne mène nulle part.

Propos recueillis par Sophie Timmermans

Découvrez le blog de DJ-Ridooo sur www.artstyle.thibs.sitew.com.

Catégorie : Culture

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