Vers une dépénalisation totale de l’avortement ?


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Vers une dépénalisation totale de l’avortement ?
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
6 min

foetus, 20 semainesA la suite du PS et de DéFI, Ecolo a déposé, ce lundi 4 juillet, une proposition de loi visant à retirer l'avortement du code pénal. La loi belge de 1990 sur l'IVG n'implique en effet qu'une dépénalisation partielle de l'avortement, à certaines conditions. Va-t-on désormais vers une négation totale du droit à la vie de l'embryon humain? Une dépénalisation totale de l'avortement ne va-t-elle pas fragiliser encore plus de nombreuses femmes, en niant leur détresse bien réelle?

L'annonce de projets législatifs prochains visant à dépénaliser totalement l'avortement ne suscite guère de débats dans notre pays. S'agit-il là d'un signe d'une banalisation extrême d'un acte qui est désormais largement répandu dans notre société? Peut-être. Mais derrière la supposée banalité d'un acte, que l'on veut considérer aujourd'hui sous un angle exclusivement médical, se cache un tabou moderne: celui du caractère humain de l'embryon... humain; celui de la souffrance réelle des femmes qui, souvent laissées à elles-mêmes, ont été amenées à poser ce choix. Choix qui, souvent, n'en est pas vraiment un, mais la conséquence d'une détresse qui, de moins en moins, a le droit de s'exprimer.

Pour rappel, la loi de 1990 dépénalisant partiellement l'avortement ne consacre nullement un droit à l'avortement. Le droit à la vie de l'enfant à naître est au contraire réaffirmé, et la possibilité de l'avortement envisagée comme une dérogation à la loi, une exception en cas de détresse de la femme concernée. La loi prévoie par ailleurs un suivi des femmes en détresse, et différentes solutions doivent lui être proposées, notamment en cas de précarité matérielle. A souligner aussi: les législateurs favorables à cette dépénalisation partielle ont assuré, à l'époque, que l'application de la loi serait contrôlée, et qu'elle n'impliquait nullement une banalisation de l'acte d'avortement. Motivant son refus de sanctionner cette loi, le roi Baudouin a, en 1990, justement évoqué sa crainte que celle-ci puisse être perçue comme "un droit d'avorter".

Or, qu'observe-t-on, 26 ans après le vote de la loi Lallemant-Michielsen? L'avortement est aujourd'hui considéré comme un droit de l'homme, en l'occurrence un droit imprescriptible des femmes. Au point qu'affirmer le droit de l'embryon humain est devenu, bien souvent, inaudible. Par ailleurs, la commission de contrôle de la pratique de l'IVG en Belgique ne fonctionne pratiquement plus, de sorte qu'il est devenu très difficile d'obtenir des chiffres officiels sur le nombre d'avortements pratiqués chaque année dans notre pays. Les dernières statistiques faisaient état d'environ 20.000 avortements par an, soit environ un avortement pour cinq naissances.

Autre aspect: contrairement à ce que prévoyait la loi de 1990, l'Etat belge n'a pas proposé de solutions "alternatives" à l'avortement, dignes de ce nom. Heureusement, différentes associations existent, telles le "Souffle de vie", prêtes à accueillir les femmes en difficulté, à les écouter réellement, et, au besoin, à les aider concrètement à assumer une grossesse non désirée.

Un conflit entre plusieurs droits fondamentaux?

Si on comprend que l'on ne veuille pas accabler les femmes qui ont eu recours à un avortement; si on comprend qu'une condamnation pénale n'est sans doute pas la solution à un problème extrêmement délicat, complexe, douloureux, ne doit-on pas redouter, cependant, qu'une dépénalisation totale de l'avortement conduise justement à nier des détresses et des souffrances bien réelles?

Lorsqu'advient une grossesse non désirée, et bien que les circonstances sont, à chaque fois, absolument particulières (précarité, très jeune âge, viol), trois êtres sont impliqués dans la situation: la femme enceinte, un être humain en gestation, le géniteur. Nier une de ces trois "composantes" revient à nier l'un ou l'autre des droits fondamentaux qui sont en jeu. Et, donc, à engendrer de grandes souffrances. Trouver la meilleure solution possible à une grossesse non désirée - ou, diront certains, la moins mauvaise possible - implique de n'oublier personne.

Il y a le droit de l'embryon humain, qui est, bien souvent aujourd'hui, mis purement et simplement de côté. Or, les progrès de la biologie indiquent que l'embryon, puis le foetus, est un organisme à part entière, et que cet organisme est humain, bien qu'il se développe dans un autre corps qui le porte. Nier le caractère humain de l'embryon n'est pas tenable, humainement, philosophiquement, et même scientifiquement. A l'inverse, affirmer le caractère humain de l'embryon et du foetus n'a rien de "rétrograde". Lorsqu'un avortement est pratiqué, c'est un être humain qui est supprimé.

Affirmer le droit imprescriptible de l'être humain à naître ne doit pas amener à nier les droits des femmes. Lorsqu'on parcourt le code napoléonien de 1804, on peut y lire que le corps de l'épouse est la propriété de son mari... Cette conception inacceptable, choquante, qui a d'ailleurs eu cours pendant des millénaires a, bien heureusement, été dépassée aujourd'hui, dans nos pays en tout cas. Cet aspect de la législation a bien heureusement été abrogé. Mais il demeure appliqué dans bien des régions du monde, et même parfois chez nous, dans les faits... Militer pour les droits des femmes, pour l'égalité entre hommes et femmes, demeure une priorité.

Nous sommes notre corps

Cependant, si le corps de la femme n'appartient à aucun autre, la formule "je fais ce que je veux de mon corps" est l'expression d'une même compréhension "instrumentaliste", selon laquelle le corps est encore considéré comme un objet. Or, nous sommes un corps, nous sommes notre corps. Ce que l'on fait à son corps, c'est à nous-même que nous le faisons.

A une époque où nous prenons conscience de la nécessité de respecter l'écosystème, de préserver les équilibres fragiles de notre terre, qui est un tout organique, nous continuons bien souvent de faire violence à nos propres organismes, et donc, tout simplement, à nous-même. Or, s'il est tout à fait légitime d'espacer les naissances, ou de les limiter, l'avortement demeure un acte violent, qui blesse le corps dans ce qui est sa vie la plus intime. En plus de supprimer une vie humaine, un avortement blesse profondément la femme qui le subit, comme beaucoup d'entre elles en témoignent lorsqu'elles trouvent le courage d'en parler. Un avortement entraîne une réelle blessure, psychique, morale, spirituelle.

Or, considérer l'avortement uniquement comme un acte médical, un acte de santé publique, risque d'amener à une négation de ces souffrances, qui deviendront, de plus en plus, un sujet tabou dans notre société.

La troisième personne impliquée est le géniteur, le père de l'enfant à naître. Dans le cadre de la législation actuelle, et de son application, les droits et les devoirs du père sont largement niés. Un homme ne devrait jamais pouvoir imposer une grossesse à une femme, fût-elle son épouse. Cette situation existe malheureusement encore bien trop souvent dans certains pays. A l'inverse, le fait que les femmes sont renvoyées à elles-mêmes, et à elles seules lorsque survient une grossesse non désirée, est un poids souvent lourd à porter, qui pousse bien des femmes à "interrompre" cette grossesse sans vraiment le vouloir.

L'affirmation de la liberté de choix absolue de la femme face à une grossesse s'accompagne bien souvent, de facto, d'une déresponsabilisation de l'homme à son égard ("C'est ton problème, pas le mien", "Tu n'avais qu'à prendre tes précautions"...), mais aussi de toute la société. Société qui, dans son ensemble, est responsable de l'éducation des enfants et des jeunes à une sexualité humaine et responsable, impliquant des informations claires sur tous les aspects de la sexualité, de la relation sexuelle, de la vie affective.

Compassion et guérison

Force est de constater que, aujourd'hui, l'Eglise catholique est l'une des seules à proposer une telle éducation.

A propos d'Eglise, de religion, et d'avortement... Tout en affirmant le droit imprescriptible à la vie, de la conception à la mort naturelle; tout en rejetant fermement l'acte de l'avortement, l'Eglise catholique rejette tout autant la condamnation des femmes qui l'on subi. Au contraire, elle invite à compatir réellement avec les femmes en détresse, à les soutenir, et affirme qu'il est possible de guérir de la blessure de l'avortement. En ce Jubilé de la miséricorde, il est essentiel de rappeler que toute faute, même objectivement grave, peut être pardonnée par Dieu. Dieu nous pardonne toujours lorsque nous nous tournons vers lui, la Source de toute vie et de toute guérison. Dieu ne nous condamne pas, mais nous relève et nous renouvelle continuellement et inlassablement.

Christophe Herinckx

 

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